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	<title>Approfondir | Comprendre l&#039;Islam</title>
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	<title>Approfondir | Comprendre l&#039;Islam</title>
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		<title>L&#8217;éloge du vin et du commensal par un poète aleppin du Xe siècle</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Audrey Caire]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 26 Jul 2021 17:37:22 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Approfondir]]></category>
		<category><![CDATA[Droit et société]]></category>
		<category><![CDATA[Abbassides]]></category>
		<category><![CDATA[Alcool]]></category>
		<category><![CDATA[Pratiques sociales]]></category>
		<category><![CDATA[Vie de cour]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L&#x2019;&#xE9;loge du vin et du commensal par un po&#xE8;te aleppin du Xe si&#xE8;cle Par ma vie, le vin poss&#xE8;de des vertus irr&#xE9;futables et des qualit&#xE9;s que l&#x2019;on ne peut nier : une force qui concilie les contraires, temp&#xE8;re l&#x2019;humeur et corrige le caract&#xE8;re. Il est connu pour enhardir le l&#xE2;che, renforcer l&#x2019;esprit, d&#xE9;lier la langue [&#x2026;]</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>L&rsquo;éloge du vin et du commensal par un poète aleppin du Xe siècle</strong></p>
<p>Par ma vie, le vin possède des vertus irréfutables et des qualités que l’on ne peut nier : une force qui concilie les contraires, tempère l’humeur et corrige le caractère. Il est connu pour enhardir le lâche, renforcer l’esprit, délier la langue et desserrer la bourse. Mais à côté de ces vertus d’autres aspects altèrent ses bienfaits et font paraître ses défauts : le buveur éprouve du dégoût avant de boire, ses traits durcissent lorsqu’il hume, s’il en reste dans la coupe il s’afflige, il ne cesse de faire des reproches à l’échanson, boit sans relâche, coupe le vin pour modifier son goût, il l’avale difficilement et s’aide d’amuse-bouche pour le faire passer. Il souffre de vertige et d’une migraine qu’il ne peut dissimuler. […]</p>
<p>L’ivresse est le plus grand défaut du vin, au point que toutes les traditions s’accordent à l’interdire sans la moindre divergence à son sujet. […]</p>
<p>Si tel est le vin, certains effets plaident en sa faveur, atténuent ses défauts et l’absolvent. Car l’acte de boire se fonde sur le partage et constitue le moyen de réunir les amis, permet l’intimité nécessaire à une bonne compagnie et le plaisir de la conversation. […]</p>
<p><strong>Commentaire </strong></p>
<p>Kushâjim, poète et commensal à la cour ḥamdanide d’Alep au milieu du Xe siècle, est l’auteur d’un manuel de savoir-vivre destiné à ceux qui partage la compagnie des princes et boivent en leur compagnie. Avant d’énoncer les règles à suivre en présence des puissants, il commence par faire l’éloge de la fonction de commensal (<em>nadîm</em>) et donc de la consommation du vin.</p>
<p><span class="marquage petitecap">Kushâjim (1999)</span>, <em class="marquage italique">Adab al-nadīm</em>, <span class="marquage petitecap">al-Nabawî </span><span class="marquage petitecap">ʿ</span><span class="marquage petitecap">Abd al-Wâh</span><span class="marquage petitecap">id Shʿ</span><span class="marquage petitecap">lân </span>éd., Le Caire, Maktabat al-Khânjî.</p>
<p>Kushâjim (2009), <em>L&rsquo;Art du commensal. Boire dans la culture arabe classique</em>, tra. S. Bouhlal, Paris, Actes Sud.</p>
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		<item>
		<title>La consommation d’alcool : normes et pratiques sous les Abbassides</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Audrey Caire]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 22 Jul 2021 13:02:03 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Approfondir]]></category>
		<category><![CDATA[Droit et société]]></category>
		<category><![CDATA[Abbassides]]></category>
		<category><![CDATA[Alcool]]></category>
		<category><![CDATA[Ivresse]]></category>
		<category><![CDATA[Vin]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La consommation d&#x2019;alcool est interdite par la loi musulmane. Voici une affirmation qui ne semble plus faire de doutes aujourd&#x2019;hui, mais au Moyen &#xC2;ge, et en particulier &#xE0; l&#x2019;&#xE9;poque abbasside (750-1258), le probl&#xE8;me se pose en des termes plus complexes. Tout d&#x2019;abord, les juristes musulmans d&#xE9;battent pour savoir ce qui est v&#xE9;ritablement interdit : un [&#x2026;]</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>La consommation d’alcool est interdite par la loi musulmane. Voici une affirmation qui ne semble plus faire de doutes aujourd’hui, mais au Moyen Âge, et en particulier à l’époque abbasside (750-1258), le problème se pose en des termes plus complexes. Tout d’abord, les juristes musulmans débattent pour savoir ce qui est véritablement interdit : un type de boisson en particulier, toutes les boissons qui enivrent, ou bien l’ivresse en elle-même ? Ensuite, l’interdit religieux n’empêche en rien la consommation de ces boissons, y compris dans les plus hautes sphères du pouvoir, censées veiller à l’application de la loi musulmane. Pour légitimer et justifier une pratique <em>a priori</em> interdite, les lettrés musulmans développent alors tout un discours sur l’ivresse qui en délimite les contours et en détermine les conditions d’acceptabilité.</p>
<p>En islam, l’interdiction de l’alcool trouve son origine dans l’interprétation du texte coranique. Le Coran évoque à plusieurs reprises l’attitude que doit adopter le croyant vis-à-vis de l’ivresse (<em>sukr</em>) et surtout du <em>khamr</em>, une boisson dont l’identification a posé problème aux théologiens et juristes musulmans. Dans certains versets le <em>khamr</em> est présenté comme la boisson du paradis, et donc comme une récompense éternelle (Coran XVI, 67 ; Coran XLVII, 15). Mais d’autres versets mettent en garde contre les dangers de sa consommation (Coran II, 219) et interdisent de prier en état d’ivresse (Coran IV, 43). Enfin, une interdiction plus globale et explicite est formulée dans la cinquième sourate : « Ô vous qui croyez ! Le vin (<em>khamr</em>), le jeu de hasard, les pierres dressées et les flèches divinatoires sont une abomination et une œuvre du Démon. Evitez-le… » (Coran V, 90). Les exégètes musulmans se sont peu à peu accordés à considérer ce verset comme interdisant de manière formelle la consommation du <em>khamr</em> aux croyants. Toutefois, les juristes continuent de se demander ce que le terme <em>khamr</em> désigne précisément.</p>
<p>Les traditionnistes mobilisent différents hadiths (paroles attribuées au Prophète ou à ses Compagnons) pour tenter de définir ce qu’est le <em>khamr</em>. Ceux-ci précisent notamment le type de contenant servant à le préparer, ou encore le type de plantes dont cette boisson est issue. Selon certains hadiths, le <em>khamr</em> est préparé à partir de raisins ou des dattes, mais d’autres affirment que le <em>khamr</em> peut aussi être préparé avec du blé, de l’orge ou du miel, ce qui inclut les bières (<em>fuqqâʿ</em>). D’autres exégètes proposent une définition lexicographique du <em>khamr</em> en arguant du fait que le verbe <em>khamara</em> signifie voiler. Le <em>khamr</em> serait alors toute boisson voilant l’esprit, en l’occurrence toute boisson enivrante. Il existe alors deux grandes positions juridiques quant à la définition du <em>khamr</em> et donc à la compréhension de l’interdiction coranique. La première consiste à proposer une définition restreinte, où le <em>khamr </em>est à strictement parler du vin de raisin, et plus précisément le jus de raisin fermenté et non cuit. C’est notamment la position adoptée par l’école hanafite et par quelques muʿtazilites. Pour l’ensemble des autres écoles sunnites et chiites, une définition beaucoup plus large du <em>khamr</em> est proposée : est <em>khamr</em> toute boisson enivrante. En outre, tous s’accordent à considérer que l’ivresse (<em>sukr</em>) est interdite. Pour ceux qui ont une définition large du <em>khamr</em>, cela signifie que toute boisson enivrante, y compris consommée avec modération, est à bannir. En revanche, pour les hanafites, cela signifie que les boissons enivrantes qui ne sont pas du vin de raisin sont autorisées à condition de ne pas les consommer jusqu’à l’ivresse. Cette posture, alors minoritaire, finit par disparaître progressivement entre le X<sup>e</sup> et le XIII<sup>e</sup> siècle pour arriver au consensus que nous connaissons aujourd’hui.</p>
<p>À l’époque abbasside, si les juristes et théologiens musulmans interdisent déjà très majoritairement les boissons enivrantes, leur consommation reste largement répandue, y compris chez les élites musulmanes. La littérature arabe classique (<em>adab</em>), ainsi que les livres de recettes témoignent de ces pratiques en évoquant différentes préparations. On y trouve bien sûr du vin de raisin (<em>khamr</em>), souvent produit par des chrétiens et notamment par les monastères que peuvent fréquenter les élites musulmanes, mais aussi diverses boissons fermentées à base de sirops de fruits (<em>dûshâb</em>, <em>dâdhî</em>), d’infusions de fruits (<em>nabîdh</em>), ou encore des bières (<em>fuqqâʿ</em>). À la cour abbasside, et dans les milieux urbains aisés, il était de bon ton, pour le maître de maison, d’inviter quelques compagnons à partager son repas qui était souvent suivi d’un temps de consommation du vin, accompagné de vives discussions, de musique et de quelques amuse-bouche (<em>naql</em>).</p>
<p>Pour les lettrés musulmans qui évoluent dans ces milieux, la consommation du vin devient un sujet de discussions et d’ouvrages pour en normer la pratique. Non seulement, ils aiment à rappeler les vers des poètes bachiques comme Abû Nuwâs (m. vers 815), mais ils dissertent aussi du rôle du compagnon de boisson (<em>nadîm</em>, pl. <em>nudamâʾ</em>) et des manières qu’il doit adopter en rapportant des bons mots et des anecdotes aussi divertissantes qu’édifiantes. Bien qu’ils rappellent l’interdiction religieuse du vin et de l’ivresse, ils s’attachent aussi à en définir les limites acceptables. Partant du principe que l’ivresse contient autant de dangers que de bienfaits, et rappelant en cela le verset 219 de la deuxième sourate du Coran, ils essayent d’en délimiter les contours au profit des seconds. Les dangers qu’ils évoquent sont ceux qu’identifient les théologiens musulmans, et par lesquels ils justifient le commandement divin. Parmi eux, on trouve l’idée que l’excès de vin est dangereux pour la santé, qu’il altère l’esprit et engendre une incapacité pour le croyant à accomplir ses devoirs religieux, en particulier la prière, ou encore qu’il donne lieu à des comportements socialement inappropriés, comme de la violence ou une absence de pudeur. Mais l’ivresse modérée a également des vertus thérapeutiques &#8211; le vin est considéré comme un remède, à condition d’être utilisé à bon escient &#8211; et surtout sociales. En effet, la consommation de boissons enivrantes facilite la discussion et adoucit le caractère. C’est pour cela que les lettrés musulmans continuent d’en faire l’éloge : elle garantit l’intimité et le partage essentiel au développement culturel et savant des élites. La sociabilité des hommes étant au cœur du projet de l’<em>adab</em>, l’éducation lettrée, tout ce qui la provoque et la rend agréable est alors valorisé, y compris le vin et l’ivresse qu’il engendre.</p>
<p><strong>Pour aller plus loin :<br />
</strong></p>
<p>Audrey Caire, « Vin et ivresse au Proche-Orient (IXe-Xe siècles), normes sociales, normes discursives », <em>Hypothèses</em>, 21, 2018, p. 37-46.</p>
<p>Joseph Sadan, « Vin-fait de civilisation », dans Myriam Rosen-Ayalon (éd.), <em>Studies in Memory of Gaston Wiet</em>, Jérusalem, The Hebrew University of Jerusalem, 1977, p. 129‑160.</p>
<p>Joseph Sadan, « Khamr », dans <em>Encyclopédie de l’Isla</em><em>m,</em> vol. IV, 1978, p. 1027-1030.</p>
<p>Joseph Sadan, « Mas̲h̲rūbāt », dans <em>Encyclopédie de l’Islam</em>, vol. VI, 1989, p. 709‑712.</p>
<p>David Waines, « Abū Zayd al-Balkhī on the Nature of Forbidden Drink: A Medieval Islamic Controversy », dans David Waines (éd.), <em>Patterns of Everyday Life</em>, Aldershot, Ashgate, 2002, p. 329‑344.</p>
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