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	<title>Droit et société | Comprendre l&#039;Islam</title>
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	<description>Religions Débats Hsitoire</description>
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	<title>Droit et société | Comprendre l&#039;Islam</title>
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	<item>
		<title>L’onomastique arabe</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Muriel Roiland]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 06 Nov 2024 16:23:18 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Droit et société]]></category>
		<category><![CDATA[Texte à l'appui]]></category>
		<category><![CDATA[généalogie]]></category>
		<category><![CDATA[nasab]]></category>
		<category><![CDATA[nom de famille]]></category>
		<category><![CDATA[nom de relation]]></category>
		<category><![CDATA[silsila]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L&#x2019;onomastique arabe a fait l&#x2019;objet d&#x2019;une vaste litt&#xE9;rature dans l&#x2019;islam m&#xE9;di&#xE9;val d&#xE8;s le IIIe si&#xE8;cle de l&#x2019;h&#xE9;gire. Les sources narratives et les dictionnaires biographiques constituent l&#x2019;outil essentiel des historiens travaillant sur cette p&#xE9;riode. Jacqueline Sublet, qui est la sp&#xE9;cialiste de cette science, a r&#xE9;dig&#xE9; nombre d&#x2019;&#xE9;tudes sur le sujet, notamment un ouvrage intitul&#xE9; Le voile [&#x2026;]</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>L’onomastique arabe a fait l’objet d’une vaste littérature dans l’islam médiéval dès le IIIe siècle de l’hégire. Les sources narratives et les dictionnaires biographiques constituent l’outil essentiel des historiens travaillant sur cette période. Jacqueline Sublet, qui est la spécialiste de cette science, a rédigé nombre d’études sur le sujet, notamment un ouvrage intitulé <em>Le voile du nom</em>, déjà traduit en arabe. Initiatrice d’une entreprise internationale à l’origine de la création d’une base de données qui fait référence de nos jours, elle a par ailleurs dirigé une revue intitulée <em>Cahiers d’onomastique arabe</em> de 1981 à 1992.</p>
<p>J. Sublet, <em>Le voile du nom, Essai sur le nom propre arabe</em>, Paris, PUF, 1991, p. 7 :</p>
<p>« Adam, le premier homme, est connu en arabe sous plusieurs noms : Abû l-Bariyya (père de la Création) ou Abū l-Bašar (père du genre humain). Le poète persan Jalâl al-Dîn Rûmî nomme Adam : « ‘Ullima l-asmâ&rsquo; Bek » (Celui auquel on a enseigné tous les noms), en référence au verset du Coran dans lequel il est dit : « ‘Allama Âdama al-asmâ’ kullahâ » (Dieu a enseigné à Adam tous les noms). Par « les noms », il faut comprendre l&rsquo;ensemble des termes qui serviront aux descendants d’Adam à désigner les êtres animés et inanimés ainsi que les concepts ».</p>
<p>C. Hamès, « La Filiation généalogique (<em>nasab</em>) dans la société d&rsquo;Ibn Khaldun », dans <em>L&rsquo;Homme</em>, 1987, tome 27 n°102. Tribus en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. p.100 :</p>
<p>« Tout l’édifice des hadiths de la <em>sunna</em> prophétique (« tradition ») et des récits historiques des premiers temps de l&rsquo;islam est fondé sur l&rsquo;architecture généalogique (<em>isnâd</em>) des rapporteurs et des témoins. La transmission des savoirs religieux classiques s&rsquo;est par la suite appuyée sur le déroulement du tapis des filiations enseignantes, critère axial de la légitimation du statut du savoir. Le réseau de diffusion transislamique des <em>turuq</em> (« confréries religieuses ») procède de chaînes de filiation mystique (<em>silsila</em>) où, de père en fils spirituels (sinon biologiques), se transmettent les éléments nécessaires à la poursuite légitime du mouvement. Le droit musulman (<em>fiqh</em>) tourne en grande partie autour des questions de mariage et d&rsquo;héritage, « noyau dur », disent certains, de la résistance islamique au droit d&rsquo;inspiration occidentale[&#8230;] Partout où il y a islamisation, hier et aujourd&rsquo;hui, le mariage et l&rsquo;héritage selon le modèle « arabe » du <em>fiqh</em> introduisent des transformations structurelles dans les relations sociales et politiques découlant des relations de parenté ».</p>
<p>Ibn Hazm (m. 456/1064), <em>Jamharat ansâb al-Arab,</em> éd. ‘Abd al-Salâm Hârûn, Le Caire, Dâr al-Ma‘ârif, 1962, p. 2 :</p>
<p>« La généalogie est une science à la fois éminente et excellente, parce qu’elle permet la connaissance entre les hommes. Dieu a fait qu’une partie de cette science ne saurait être méconnue de quiconque, et il a laissé la connaissance d’une autre partie, moins importante, à la discrétion de chacun. À cette différence près que celui qui ignore cette seconde partie est inférieur à celui qui la connaît. Toute science dotée de ces qualités est une science méritoire, que ne nierait qu’un ignorant ou un obtus ».</p>
<div id="attachment_84550" style="width: 228px" class="wp-caption alignright"><img fetchpriority="high" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-84550" class="size-medium wp-image-84550" src="https://comprendrelislam.fr/wp-content/uploads/2024/11/stele_Kairouan1-218x300.jpg" alt="Stèle funéraire n° 144" width="218" height="300" /><p id="caption-attachment-84550" class="wp-caption-text">Stèle funéraire, Kairouan, 1049, fonds Madeleine Schneider, IRHT.</p></div>
<p>J. Sublet, « Dans l&rsquo;islam médiéval : nom en expansion, nom à l&rsquo;étroit : l&rsquo;exemple d&rsquo;Ibn al Fuwatî », dans <em>L’écriture du nom propre</em>, Anne-Marie Christin (dir.), Paris, L’Harmattan, 1999, p. 126 :</p>
<p>« Les noms enregistrés dans les répertoires et les dictionnaires biographiques, dont une grande partie est parvenue jusqu’à nous, sont en majorité ceux des lettrés qui sont les garants de la transmission du savoir. Il s’agit non seulement du savoir religieux transmis depuis les premiers temps de l’Islam, paroles, récits des faits et gestes exemplaires du Prophète et de ses compagnons […], mais aussi des ouvrages écrits concernant les divers domaines de la science religieuse et profane qui sont transmis oralement et par écrit selon des systèmes codés de lecture et de récitation en présence d’un auditeur ».</p>
<p>J. Sublet, « Un héros populaire dans un espace encombré », <em>Arabica</em>, n° 51, fasc . 1-2, p. 146-147 :</p>
<p>« Ce que l’on remarque en tout cas tout au long du Roman de Baybars, c’est une richesse onomastique, les noms des protagonistes, souvent faciles à retenir pour capter l’attention des auditeurs et des lecteurs, et d’une singulière beauté : Sulaymân le Buffle, fils du Renfrogné, père de deux fils appelés Saqr et Fahd (Faucon et Guépard), le Chevalier Sans Nom, les Francs appelés Salîb ou Salbûn (en référence à la Croix chrétienne), ou encore portant des noms qui sonnent comme des noms francs : Marin et Martin, sans oublier les noms des femmes, partout présentes dans le Roman, toutes (à l’exception de Chajarat ad-durr mère adoptive de Baybars, épouse puissante, âgée et volontaire de El-Saleh, souveraine, première en titre des sultans de la dynastie des Mamelouks) avec un nom personnel accompagné d’un adjectif qui les caractérisent : Fāṭima Fatmeh la Hautaine, ‘Â’iša Aïcheh la Grise ».</p>
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		<item>
		<title>Le nom arabe médiéval</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Jacqueline Sublet]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 19 Sep 2024 14:27:19 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Découvrir]]></category>
		<category><![CDATA[Droit et société]]></category>
		<category><![CDATA[généalogie]]></category>
		<category><![CDATA[kunya]]></category>
		<category><![CDATA[nom]]></category>
		<category><![CDATA[partonyme]]></category>
		<category><![CDATA[surnom]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La transmission du savoir a longtemps &#xE9;t&#xE9; un programme majeur au sein de la section arabe de l&#x2019;Institut de recherche et d&#x2019;histoire des textes (IRHT). Afin de faciliter l&#x2019;acc&#xE8;s &#xE0; la riche litt&#xE9;rature biographique et narrative en terre d&#x2019;islam, consacr&#xE9;e non seulement aux transmetteurs de hadiths mais aussi &#xE0; toutes les personnes du monde musulman [&#x2026;]</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>La transmission du savoir a longtemps été un programme majeur au sein de la section arabe de l’Institut de recherche et d’histoire des textes (IRHT). Afin de faciliter l’accès à la riche littérature biographique et narrative en terre d’islam, consacrée non seulement aux transmetteurs de hadiths mais aussi à toutes les personnes du monde musulman ayant fait autorité dans un domaine de savoir déterminé, l’IRHT a réuni des chercheurs du monde entier autour du projet « <em>Onomasticon arabicum </em>», initié par mes soins, alors que j’étais responsable de la section arabe. L’étude du nom arabe dans sa complexité et sa diversité était un préalable indispensable à cette entreprise.</p>
<p>Dans le Coran (2 : 31) il est dit : « Dieu a enseigné à Adam tous les noms », ce que l’on peut comprendre à la lumière du hadith attribué au prophète Muhammad, rapporté par al-Bukhârî (<em>Kitâb al-tafsîr</em>, chapitre 3, 4206), comme étant « le nom de toute chose ». C’est ainsi que le nom arabe médiéval en terre d’islam contient « cette exigence d’universalité : tout savoir, tout recenser, se remettre tout en mémoire à travers les noms des personnes »</p>
<p>À partir du IIIe/IXe siècle, et jusqu’à la fin de l’époque ottomane, historiens et biographes se sont attelés à réunir dans des répertoires, parfois encyclopédiques, l’ensemble des informations concernant tous les personnages identifiés par les sources depuis le début de l’islam avec un souci premier : éviter les homonymies (<span style="font-style: normal !msorm;"><em>mushtabi</em></span><span style="font-style: normal !msorm;"><em>h</em></span>). On estime que les notices biographiques de 100 000 personnages, ayant vécu au cours des dix premiers siècles de l’hégire, sont parvenus jusqu’à nous. Dans ces ouvrages qui constituent un pan important de l’historiographie musulmane, ils sont généralement classés en ordre alphabétique – plus ou moins strict – des <em>ism</em>, ou suivant leur date de mort.</p>
<p>Chaque individu reçoit à la naissance un premier nom, appelé <em>ism </em>ou <em>ism ‘alam</em>, auquel s’agrègent les maillons d’une chaîne plus ou moins longue, qui croît au long de leur vie. Réunis, ces maillons forment le récit de vie de chaque individu. Dans leurs ouvrages, les historiens médiévaux ajoutent un ensemble d’informations biographiques, et éventuellement la liste des maîtres et des disciples.</p>
<div id="attachment_84522" style="width: 210px" class="wp-caption alignright"><img decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-84522" class="size-medium wp-image-84522" src="https://comprendrelislam.fr/wp-content/uploads/2024/09/Ibn_al_Fuwati-Damas_Zahiriyya_267-200x300.jpg" alt="" width="200" height="300" /><p id="caption-attachment-84522" class="wp-caption-text">Ibn al-Fuwâtî. Damas Zāhiriyya (Maktabat al-Asad)</p></div>
<p><span style="font-weight: normal !msorm;"><strong>Les</strong></span> <span style="font-weight: normal !msorm;"><strong>éléments</strong></span><span style="font-weight: normal !msorm;"><strong> du nom </strong></span><strong>se déclinent </strong><span style="font-weight: normal !msorm;"><strong>en</strong></span><span style="font-weight: normal !msorm;"><strong> trois grands ensembles : </strong></span></p>
<p>1- La généalogie (<em>nasab</em>)</p>
<p>En plus de son nom (<em>ism</em>), chaque individu reçoit celui de son père (<em>ism</em> <em>al-ab</em>) et de plusieurs de ses ancêtres : celui de son grand-père (<em>ism al-jadd</em>) et de son arrière-grand-père (<em>ism</em> <em>jadd al-jadd</em>), le plus souvent masculins. Par exemple, Ahmad b. Muhammad b. Ibrâhîm b. Ahmad. Ou encore, Fâtima bt. ‘Abd al-Wahhâb bt. Muhammad. Il n’est pas rare de remonter jusqu’à la 5e génération.</p>
<p>2- Les surnoms</p>
<p>Sont ici réunis quatre éléments du nom, rarement transmissibles, qui sont mis en évidence pour désigner un personnage à un moment de sa vie.</p>
<p>Il peut s’agir de :</p>
<p>une <em>shuhra</em>, à savoir un nom par lequel une personne a été le plus connue de son vivant, voire après sa mort. Ce peut-être des noms en lien avec une caractéristique physique, comme al-Jâhiz (aux yeux exorbités) ou al-A‘raj (le boiteux). Une <span style="font-style: normal !msorm;"><em>shuhra</em></span> est susceptible d’être un nom précédé de Ibn (fils de), comme Ibn Khaldûn, Ibn Rushd, et également une <em>kunya,</em> par exemple Abû Shâma ou une <em>nisba</em> al-Qastalânî, etc.;</p>
<p>un <em>laqab</em>, composé avec <em>al-dawla</em>, <em>al-dîn</em> et leurs équivalents (<em>mulk</em>), nom qui indique à l’origine une relation au pouvoir temporel, ou encore à la religion Par exemple, Sayf al-Dîn (l’épée de la religion), ‘Adud al-Dawla (le bras de l’Etat), Nizâm al-Mulk (l’ordre du Pouvoir) ;</p>
<p>un <em>talqîb</em>, élément du nom consacré à la titulature ou à un nom honorifique comme al-Malik al-Zâhir (Le roi manifeste), al-Âmir bi-Amr Allâh (Commandant ce que Dieu ordonne).</p>
<p>La définition par les auteurs médiévaux des <em>alqâb </em>est particulièrement étendue et fluctuante. Lorsqu’il figure dans une chaîne onomastique, le <em>laqab </em>ou <em>talqīb </em>n’a pas de place déterminée.</p>
<p>&#8211; une <em>kunya</em>, dont le premier terme est <em>Abû</em> (père) ou <em>Umm</em> (mère) au féminin. Par exemple : Abû ‘Alî, Umm Ahmad.</p>
<p>À l’époque médiévale, la présence d’une <em>kunya </em>est une quasi nécessité. La première utilisation rappelle la filiation : père ou mère. Mais il existe aussi une <em>kunya</em>-echo qui est déduite de l’<em>ism </em>comme ‘Alî Abû l-‘Alâ’, ou encore une <em>kunya</em> qui exprime une qualité morale ou implique une notion de bienfait, comme Abû l-Faraj, littéralement « qui exprime la joie, la consolation ». Enfin une <em>kunya</em>-surnom, comme Abû Turâb (le poussiéreux), qui fut la <em>kunya </em>du quatrième calife ‘Alî.</p>
<p>La <em>kunya</em> est l’élément du nom que les biographes mettent le plus souvent en avant lorsqu’ils rédigent les notices de leurs recueils biographiques.</p>
<p>3- Les noms de relation (<span style="font-style: normal !msorm;"><em>nisba</em></span>)</p>
<p>Toujours composé avec le suffixe <em>î</em> au masculin, et <em>iyya</em> au féminin, le nom de relation (<em>nisba</em>) exprime la relation verticale ou horizontale d’un individu avec son environnement. Verticalement, la <em>nisba </em>rattache un personnage à un ascendant, une tribu, ou encore un ancêtre, comme al-Kindî (tribu des Banû Kinda), al-Tamîmî (descendant des Banû Tamîm). Horizontalement, c’est le lien avec un lieu, une autorité, une situation personnelle qui s’exprime.</p>
<p>Les <em>nisba-</em>s sont en particulier :</p>
<p>&#8211; des noms rappelant les lieux qu’un personnage a visités ou dans lesquels il a séjourné. Par exemple, al-Misrî (Égyptien), al-Dimashqî (Damascain), al-Madanî (Médinois) ;</p>
<p>&#8211; des noms rappelant la relation à un maître, un ami, un personnage célèbre ;</p>
<p>&#8211; des noms faisant état d’une particularité physique. Par exemple, al-Ru’âsî (celui à la grosse tête), al-Ahwal (le louche) ;</p>
<p>&#8211; des noms rappelant l’adhésion d’un individu à une religion, une école juridique ou un courant théologique : al-Nasrânî (le Chrétien), al-Mâlikî (d’obédience malékite), al-Ash‘arî (d’école ash‘arite) ;</p>
<p>&#8211; des noms rappelant le métier d’un individu : al-Saydalānī (le pharmacien), al-Iskâfî (le cordonnier). La plupart des noms de métier n’ont pas la terminaison <em>&#8211;</em><em>î</em>, ils sont construits sur le schème <em>fa‘‘âl</em> comme al-‘Attâr (l’herboriste), al-Haddâd (le forgeron), al-Baqqâl (l’épicier).</p>
<p><span style="font-weight: normal !msorm;"><strong>Les </strong></span><span style="font-weight: normal !msorm;"><strong>ascendances : </strong></span></p>
<p>À ces trois grands ensembles, les historiens et biographes médiévaux ajoutent parfois des précisions afférentes à l’ascendance des personnages.</p>
<p>On le constate, le nom arabe médiéval est complexe et d’une grande richesse. Si les individus reçoivent dès la naissance un <em>ism </em>et une <em>kunya</em>, auxquels peut s’ajouter un <em>laqab, </em>essentiellement pour les hommes, ils héritent ou reçoivent tout au long de leur vie d’autres noms qui forgent leur identité. En fonction des sources, chaque personne est désignée par une forme longue (répertoires biographiques) ou une forme abrégée (documents juridiques, correspondances). La structure est précise : <em>ism</em>, <em>nasab</em>, <em>kunya</em>, <em>laqab</em>, <em>nisba </em>priment dans le premier cas ; <em>kunya</em>, <em>ism</em>, <em>ism al-ab </em>et une ou deux <em>nisba-</em>s, dans le second.</p>
<p>Si les personnages féminins sont bien moins nombreux dans les sources biographiques, leur chaîne onomastique est semblable, à cette différence près qu’elles ne reçoivent pas de <em>laqab, </em>mais des « surnoms » que j’appelle « noms de substitution » ou « noms de bon augure », par lesquels leurs contemporains les désignent, à la place de leur <em>ism</em>. Ainsi, Fâtima, <em>wa-tud‘â </em>(et on l’appelle) Mubâraka (la bénie), <em>wa-tusammâ </em>(et on la nomme) Sa‘îda (l’heureuse), bt. (fille de).</p>
<p>Depuis 2019, la base de données « <span style="font-style: normal !msorm;"><em>Onomasticon</em></span> <span style="font-style: normal !msorm;"><em>arabicum</em></span> », librement accessible sur internet, donne accès aux notices de plus de 28 000 personnages de l’islam médiéval, avec la possibilité de les repérer à partir de n’importe quel élément de leur nom, mais aussi à partir d’une date ou d’un événement marquant survenu au cours de leur vie (<a href="https://onomasticon.irht.cnrs.fr/">https://onomasticon.irht.cnrs.fr</a>). Cette base permet également de faire des recherches croisées plus complexes, qui donnent un éclairage sur la transmission du savoir en terre d’islam.</p>
<h1>Références bibliographiques</h1>
<p><em>&#8211; Cahiers d’onomastique arabe</em>, éd. du CNRS, 5 volumes, 1979-1992.</p>
<p>&#8211; J. Sublet, <em>Le voile du nom. Essai sur le nom propre arabe</em>, Paris, PUF, 1991 ; trad. arabe par Sélim M. Barakat, <em>Ḥisn al-ism. Qirāʾāt fī l-asmāʾ al-ʿarabiyya</em>, Damas, Ifead, 1999.</p>
<p><em>&#8211; </em>C. Müller, M. Roiland et J. Sublet, <em>Onomasticon</em><em> Arabicum. La base de données OA online (OA3-version 2018)</em> : <a href="https://onomasticon.irht.cnrs.fr/">https://onomasticon.irht.cnrs.fr</a></p>
<p><u> </u></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>La consommation des montures selon un juriste du Xe siècle</title>
		<link>https://comprendrelislam.fr/droit-et-societe/alimentation-islam/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=alimentation-islam</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marianne Brisville]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 09 Jan 2022 18:18:52 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Droit et société]]></category>
		<category><![CDATA[Texte à l'appui]]></category>
		<category><![CDATA[Alimentation]]></category>
		<category><![CDATA[Animal]]></category>
		<category><![CDATA[Interdits alimentaires]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le d&#xE9;bat sur la consommation des montures d&#x2019;apr&#xE8;s l&#x2019;&#xE9;p&#xEE;tre du juriste malikite de Kairouan Ibn Ab&#xEE; Zayd al Qayraw&#xE2;n&#xEE;, mort en 996 (traduction L&#xE9;on Bercher, La Ris&#x101;la ou &#xE9;p&#xEE;tre sur les &#xE9;l&#xE9;ments du dogme et de la loi de l&#x2019;islam selon le rite m&#xE2;likite, Alger, J. Carbonel, 1960, p. 298-299). L&#x2019;Envoy&#xE9; a aussi r&#xE9;prouv&#xE9; de [&#x2026;]</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Le débat sur la consommation des montures d’après l’épître du juriste malikite de Kairouan Ibn Abî Zayd al Qayrawânî, mort en 996 (traduction Léon Bercher, <em>La Risāla ou épître sur les éléments du dogme et de la loi de l&rsquo;islam selon le rite mâlikite</em>, Alger, J. Carbonel, 1960, p. 298-299).</strong></p>
<p>L’Envoyé a aussi réprouvé de manger la chair des bêtes de proie ayant des canines et celle des ânes domestiques, ce qui implique la viande de cheval et de mulet puisqu’Allâh Très Haut a dit de ces animaux : « Il a créé pour vous les chevaux (<em>khayl</em>), les mulets (<em>bighâl</em>) et les ânes (<em>hamîr</em>) pour que vous les montiez et pour l’apparat » (Coran, XVI, 8). On n’égorgera donc point rituellement les équidés à l’exception des ânes sauvages. On peut manger la chair des oiseaux de proie et de tous les animaux qui ont des serres.</p>
<p><strong>Commentaire</strong></p>
<p>La question de la consommation de l’âne domestique (<em>himâr ahlî</em>) divise les trois branches de l’islam, puisque sa consommation est simplement désapprouvée et blâmable (<em>makrûh</em>) pour les chiites alors qu’elle est interdite (<em>harâm</em>) pour les sunnites et les ibadites. En revanche, la chair de l’âne sauvage ou onagre (<em>himâr al wahsh</em>) est considérée comme licite. L’âne sauvage devenu domestique est quant à lui jugé licite par les chafiites et les hanbalites mais généralement interdit par les malikites. De même, l’onagre domestiqué suscite des divergences au sein du malikisme, puisque certains juristes suivent l’avis du fondateur, Mâlik b. Anas (mort en 795), qui désapprouvait sa consommation, alors que d’autres se réfèrent à l’Égyptien Ibn al Qâsim (mort en 806) pour le considérer comme licite. La consommation d’équidés s’avère également complexe à déterminer à partir des données matérielles. Régulièrement attestés sur les sites archéologiques, leurs ossements apparaissent généralement en faible proportion et il est le plus souvent impossible de différencier l’âne et le cheval.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Les interdits alimentaires en Islam</title>
		<link>https://comprendrelislam.fr/droit-et-societe/interdits-alimentaires-en-islam/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=interdits-alimentaires-en-islam</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marianne Brisville]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 09 Jan 2022 18:04:44 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Découvrir]]></category>
		<category><![CDATA[Droit et société]]></category>
		<category><![CDATA[Alimentation]]></category>
		<category><![CDATA[Animal]]></category>
		<category><![CDATA[Interdits alimentaires]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les interdits alimentaires en islam d&#xE9;coulent de la distinction formul&#xE9;e dans le Coran entre les aliments bons (tayyib), licites (hal&#xE2;l) et purs (t&#xE2;hir), d&#x2019;une part, et les nourritures immondes (khab&#xEE;th) et prohib&#xE9;es (har&#xE2;m) d&#x2019;autre part. Se distinguent toutefois deux grandes cat&#xE9;gories : les denr&#xE9;es unanimement reconnues par la Loi (sharia), et celles dont la consommation [&#x2026;]</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Les interdits alimentaires en islam découlent de la distinction formulée dans le Coran entre les aliments bons (<em>tayyib</em>), licites (<em>halâl</em>) et purs (<em>tâhir</em>), d’une part, et les nourritures immondes (<em>khabîth</em>) et prohibées (<em>harâm</em>) d’autre part. Se distinguent toutefois deux grandes catégories : les denrées unanimement reconnues par la Loi (<em>sharia</em>), et celles dont la consommation fait débat parmi les juristes. La première catégorie comporte quatre aliments qui ont en commun d’être d’origine animale puisqu’elles concernent le sang (<em>dam</em>), la viande de porc (<em>lahm al-khinzîr</em>) et la chair des animaux abattus suivant des modalités non ritualisées (Coran, II, 173). Ces interdits s’appliquent à tous les musulmans, excepté en cas de nécessité et de force majeure – par exemple lors d’une famine.</p>
<p>Au-delà de ces quatre interdits, les pratiques alimentaires furent codifiées en prenant comme sources la tradition (<em>sunna</em>) de Muhammad, sa biographie (<em>sîra</em>) et ses faits et dires (hadiths). Ce processus de classification par le droit établit cinq « qualifications légales » : obligatoire, recommandé, licite ou permis, désapprouvé et interdit. Une gradation distingue ainsi des pratiques alimentaires qui vont de l’interdit aux obligations telles que le jeûne pratiqué au mois de ramadan.</p>
<p>Par ailleurs, les étapes successives qui mènent de l’animal à la viande consommée ont aussi été fixées par le droit. L’attention est surtout portée à la nature de l’animal (herbivore ou carnivore, sauvage ou domestique) et à la manière dont sa chair devient viande par le biais de la mise à mort. L’accent est davantage mis sur l’obtention des denrées que sur leur préparation ou mode de consommation. Autrement dit, les interdits alimentaires concernent davantage le boucher et le chasseur que le cuisinier et le restaurateur.</p>
<p>Du point de vue des convives lors d’un repas, le Coran reconnaît aux musulmans la licéité des nourritures des Gens du livre (Coran, V, 5) mais une distinction s’opère entre les nourritures carnées des chrétiens et celles des juifs qui partagent l’interdit du sang et du porc. Cela conduit à permettre aux <em>dhimmî</em>s d’avoir leurs propres boucheries dans lesquelles les musulmans ne doivent pas s’approvisionner selon l’avis de certains juristes. Quant au fait de partager un repas, les avis des juristes diffèrent à nouveau entre des positions rigoristes et des attitudes conciliantes, sachant que s’asseoir à table n’implique pas nécessairement de consommer.</p>
<p>La mise à mort de l’animal est un procédé ritualisé qui permet symboliquement de rendre sa chair licite pour la consommation, par opposition au caractère illicite de la consommation des animaux déjà morts (<em>mayta</em>). L’abattage rituel de l’animal découle des quatre prohibitions canoniques et en particulier de l’interdit du sang. Par extension il s’applique à tous les autres animaux à l’exception de deux espèces : le poisson et la sauterelle ou criquet pèlerin.</p>
<p>Trois procédés de mise à mort sont considérés comme canoniques et ont pour principe commun l’effusion de sang. Cela contribue à une relative uniformisation des pratiques d’abattage au sein du monde musulman. Les différences s’opèrent selon les espèces abattues et varient en fonction de la taille de l’animal, de sa docilité et du contexte de sa mise à mort. Le <em>nahr</em> est dédié aux grands animaux domestiques (bovins et camélins) et consiste à enfoncer une lame dans la fossette susternale. Le <em>aqr</em> est réservé au contexte de la chasse et réalisé en infligeant à la proie une blessure sanglante et mortelle. Enfin, le <em>dhabh</em> est la modalité la plus fréquente, destinée au bétail de petite taille (ovins et caprins) et s’applique, par analogie, aux oiseaux et aux petits mammifères. Le manuel de police urbaine (<em>hisba</em>) du Cordouan Ibn Abd al-Ra’ûf (Xe siècle) énonce les impératifs que les bouchers doivent suivre pour rendre licite la chair de l’animal abattu. L’égorgement doit se faire en direction de la <em>qibla</em>, en invoquant le nom de Dieu. L’animal est couché sur le flanc gauche sans brutalité et il ne doit pas voir l’instrument qui doit être tranchant, de même que la bête ne doit pas être vue par ses autres congénères. Le geste en lui-même doit sectionner en une seule fois la gorge et les veines de la trachée artère, l’œsophage et les deux jugulaires, d’où la précision de porter le coup sous le larynx ou « jointure à l’extrémité de la gorge ».</p>
<p>La mise par écrit de ces règles est motivée par l’intérêt public puisque l’animal abattu par les bouchers urbains est par la suite découpé, vendu et consommé par un grand nombre de personnes. Il s’avère difficile d’estimer dans quelle mesure le procédé était suivi dans les pratiques, en contexte domestique ou professionnel, puisque l’égorgement ne laisse pas systématiquement de traces sur les ossements.</p>
<p>La question du respect des normes alimentaires énoncées dans les textes par les communautés se pose aussi à propos des animaux consommés. Les fouilles archéologiques révèlent la présence d’espèces sur des sites, mais les traces observables sur les ossements ne permettent pas toujours d’attester la finalité alimentaire d’un animal. Celui-ci a en effet pu être utilisé sans être consommé (pour exploiter sa peau et sa fourrure par exemple) ou alors simplement abattu car il causait des dommages. Ces multiples possibilités rejoignent en quelque sorte la variété d’opinions présente dans les textes puisqu’au-delà de la dichotomie licite/illicite, la classification des espèces met en évidence des divergences entre les écoles juridiques, et aussi entre les juristes d’une même école. Des discussions surgissent ainsi à propos de la consommation des bêtes carnivores (<em>sibâ</em>), des animaux aquatiques et des montures.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>L&#8217;exégèse du Coran selon al-Râzî</title>
		<link>https://comprendrelislam.fr/droit-et-societe/texte-a-lappui/lexegese-du-coran-selon-al-razi/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=lexegese-du-coran-selon-al-razi</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ahmed Oulddali]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 09 Oct 2021 08:05:40 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Religion et politique]]></category>
		<category><![CDATA[Texte à l'appui]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://comprendrelislam.fr/?p=82003</guid>

					<description><![CDATA[<p>Texte 1&#xA0;: Fakhr al-D&#xEE;n al-R&#xE2;z&#xEE;, al-Tafs&#xEE;r al-kab&#xEE;r (Maf&#xE2;t&#xEE;h al-ghayb), Le Caire, D&#xE2;r al-Fikr, 1981, XIV, p.121 (ad Q 7, al-A&#x2BF;r&#xE2;f, 54, mas&#x2BE;ala 3). Dans ce passage, R&#xE2;z&#xEE; justifie sa m&#xE9;thode d&#x2019;interpr&#xE9;tation et r&#xE9;pond aux traditionalistes qui l&#x2019;accusent d&#x2019;avoir d&#xE9;natur&#xE9; l&#x2019;ex&#xE9;g&#xE8;se coranique en y introduisant beaucoup de mat&#xE9;riaux issus des sciences rationnelles, telles que l&#x2019;astronomie et [&#x2026;]</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Texte 1</strong> :</p>
<p>Fakhr al-Dîn al-Râzî, <em>al-Tafsîr al-kabîr</em> (<em>Mafâtîh al-ghayb</em>), Le Caire, Dâr al-Fikr, 1981, XIV, p.121 (<em>ad </em>Q 7, <em>al-</em><em>Aʿr</em><em>â</em><em>f</em>, 54, <em>masʾala </em>3).</p>
<p>Dans ce passage, Râzî justifie sa méthode d’interprétation et répond aux traditionalistes qui l’accusent d’avoir dénaturé l’exégèse coranique en y introduisant beaucoup de matériaux issus des sciences rationnelles, telles que l’astronomie et l’astrologie.</p>
<p>« Et si quelqu’un parmi les ignorants et les idiots vient me reprocher d’avoir dérogé à la coutume en introduisant dans l’exégèse du Livre de Dieu beaucoup de questions relevant de l’astronomie et de l’astrologie, je répondrai à cet homme pitoyable que s’il méditait le Coran comme il se doit, il saurait que ces reproches sont infondés. Ceci peut être démontré de différentes façons. 1) Dieu a affirmé Sa science, Sa puissance et Sa sagesse en donnant comme preuve les états des cieux et de la terre, la succession de la nuit et du jour, la façon dont se produisent les lumières et les ténèbres, les états du soleil, de la lune et des étoiles. Il a mentionné ces choses dans la plupart des sourates, et Il les a répétées maintes fois. Or s’il n’était pas permis de les étudier et de réfléchir sur leurs états, Dieu n’en aurait pas rempli Son Livre. 2) Dieu dit : « N’ont-ils pas considéré le ciel, au-dessus d’eux, comment Nous l’avons édifié et orné sans qu’y soient des fissures ?» (Q 50,6). Il incite donc à réfléchir sur la façon dont Il l’a édifié. Or, l’astronomie n’a d’autre but que de comprendre comment Dieu a élevé les cieux et comment Il a créé chacun d’eux. 3) Dieu a dit : « Créer les cieux et la terre est certes plus grandiose que créer les Hommes, mais la plupart des Hommes ne savent point » (Q 40,57). Il indique par-là que les merveilles de la création que renferment les corps célestes sont infiniment plus nombreuses et plus parfaites que celles que contient le corps humain. Ensuite, Il a exhorté les hommes à réfléchir sur les corps humains en disant : « [Sur terre, sont des signes pour ceux qui croient fermement. Il en est] aussi en vous-mêmes. Ne les voyez-vous pas ? » (Q 51, 20-21). Il en ressort que les créatures les plus élevées, celles qui renferment les preuves les plus démonstratives, méritent davantage qu’on observe leurs états afin de connaître les merveilles et les choses étonnantes que Dieu y a déposées. 4) Dieu a fait l’éloge de ceux qui méditent sur la création des cieux et de la terre, comme dans cette parole : « [Ceux qui invoquent Dieu, debout, assis ou couchés, et qui] méditent sur la création des cieux et de la terre, [disant] : ʻSeigneur ! Tu n’as point créé ceci en vainʼ» (Q 3, 191). Or s’il était défendu de réfléchir sur ces choses, Dieu n’aurait pas dit cela ».</p>
<p><strong>Texte 2 : </strong></p>
<p>Fakhr al-Dîn al-Râzî, <em>al-Tafsîr al-kabîr</em> (<em>Mafâtîh al-ghayb</em>), Le Caire, Dâr al-Fikr, 1981, XVII, p. 99 (<em>ad </em>Q 10, <em>Yûnus</em>, 39).</p>
<p>Râzî insiste beaucoup sur l’idée selon laquelle certains textes coraniques ne peuvent être compris dans leur littéralité et que, par conséquent, il est nécessaire de recourir à l’interprétation (<em>al-taʾwîl</em>). Voici ce qu’il dit à l’occasion du commentaire du verset 39 de la sourate 10 (<em>Yunus</em>).</p>
<p>Les gens qui réalisent la vérité (<em>ahl al-tahqîq</em>) ont dit que [la parole] : « ce dont l’explication ne leur est pas parvenue » (<em>wa-lammâ yaʾtihim taʾwîluhu</em>) indique que quiconque ne possède pas la connaissance des interprétations (<em>taʾwîlât</em>) tombe dans l’impiété et l’hérésie, car les textes coraniques, pris dans leur sens obvie, peuvent parfois être contradictoires (<em>mutaʿârida</em>). Lorsque l’homme ignore la bonne façon de les interpréter (<em>wajh al-taʾwîl</em>), il lui vient à l’esprit que ce Livre (le Coran) ne dit pas la vérité. En revanche, quand il sait comment interpréter, il joint à la connaissance de la Révélation celle de l’interprétation et ce sera lumière sur lumière, Dieu guide vers Sa lumière ceux qu’Il veut.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>L&#8217;islam et les animaux</title>
		<link>https://comprendrelislam.fr/droit-et-societe/lislam-et-les-animaux/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=lislam-et-les-animaux</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Omero Marongiu-perria]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 10 Sep 2021 09:05:48 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Découvrir]]></category>
		<category><![CDATA[Droit et société]]></category>
		<category><![CDATA[Alimentation]]></category>
		<category><![CDATA[Animaux]]></category>
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					<description><![CDATA[]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<div class="et_pb_section et_pb_section_0 et_section_regular" >
				
				
				
				
				
				
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				<div class="et_pb_text_inner"><p>Les sources scripturaires musulmanes – Coran et traditions prophétiques – sont assez prolixes sur l’évocation des animaux, de leur relation spécifique au divin et du rapport que les humains doivent entretenir avec eux. Dans la culture partagée des contemporains du prophète Muhammad, l’accès à une alimentation carnée s’inscrivait dans une économie de subsistance où la chasse concurrençait l’élevage (Coran 5, 4). Les animaux étaient également utilisés pour les rites sacrificiels (naissance, pèlerinage, etc.) dont l’origine et la signification étaient à la fois bibliques et relatives aux systèmes religieux propres aux tribus Arabes (pour le sacrifice lors du pèlerinage : Coran 2, 196-197 ; 22, 26-29 et 36-37). Dans le contexte d’émergence et de développement des empires omeyyade (661-750) et abbasside (750-1258), la langue arabe connaît un essor géographique considérable. Aussi, les rédacteurs des premiers lexiques thématiques accordent une large place au vocabulaire descriptif des animaux encore usité au sein des tribus bédouines de l’Arabie. C’est en grande partie sur la base de ces lexiques que les dictionnaires de la langue arabe, à l’instar du <em>Lisân al-‘arab </em>(La langue des Arabes) d’Abû l-Fadhl Ibn Manzhûr (1233-1311), verront le jour. On y trouve une description très détaillée de la faune et de la flore spécifique à l’Arabie, signe du souci de préserver le langage supposé des contemporains de la révélation coranique. D’une manière générale, on peut diviser la façon dont les textes de l’islam abordent les animaux selon deux grandes approches. Pour les juristes, ils constituent des « êtres sensibles », faisant toutefois partie de la catégorie des biens, et ils sont objets de droits et de devoirs pour leurs détenteurs. Leurs préoccupations sont centrées sur sept questions majeures, à savoir :</p>
<ul>
<li>la détermination des animaux intrinsèquement impurs – en partie ou en totalité – et qui peuvent potentiellement « souiller » l’humain entrant en contact direct avec eux, c’est par exemple le cas du chien pour certaines écoles juridiques;</li>
<li>la détermination des circonstances de la mort (étouffement, noyade, hématome, etc.) qui rendent les animaux impropres à la consommation ;</li>
<li>les caractéristiques de la licéité de l’abattage des animaux, qui incluent la chasse ;</li>
<li>les caractéristiques des animaux domesticables, y compris pour la chasse, et dont la détention est licite ;</li>
<li>les caractéristiques des rites sacrificiels spécifiques : <em>Aïd al-Adhâ</em>, appelé également Aïd el-Kébir (fête du sacrifice), <em>‘aqîqa</em> (sacrifice à l’occasion de la naissance d’un enfant) ;</li>
<li>les conditions de la licéité de la consommation des produits carnés issus d’animaux abattus par des non-musulmans ;</li>
<li>l’état de nécessité qui permet de déroger aux règles d’interdiction de consommer certains animaux.</li>
</ul>
<p>La réflexion juridique se situe au carrefour de la préoccupation d’abattre l’animal de la façon la plus rapide et la moins douloureuse et de la volonté de respecter un cadre éthique, ou rituel pour les rites sacrificiels, renvoyant à une dimension symbolique et spirituelle. De ce point de vue, la mise à mort de l’animal n’est pas considérée comme un simple geste technique dénué d’aspects sociaux et spirituels. On peut en déduire que l’animal ne se réduit pas à un simple objet de consommation, même si le droit musulman aborde ces questions sous un angle parfois assez technique. Dans une seconde approche, les théologiens musulmans se sont interrogés sur le statut ontologique des animaux en tant qu’êtres dotés d’une « personnalité » propre et d’une forme de dévotion spécifique, décrite dans le Coran tantôt de manière allusive et générale, tantôt en évoquant la dévotion de certains animaux, leurs sentiments ou leur langage spécifique. L’auteur le plus connu, dans ce domaine, est certainement le mu’tazilite al-Jâhiz (m. 867), auteur du célèbre <em>Kitâb al-hayawân </em>(Le livre des animaux), véritable encyclopédie des sciences naturelles et de la géographie de son époque. Dans un autre style le théologien, poète et soufi persan Farîd al-Dîn ‘Attâr (1146-1221) nous a légué son <em>Langage des oiseaux</em> dans lequel la huppe dirige un cortège de trente oiseaux en quête du divin, symbolisé par le Simorgh, chaque oiseau reflétant un des états de l’âme humaine. Dans ce domaine, les grands maîtres soufis sont allés le plus loin dans une forme d’intimité avec le monde animal. Nombreux sont effet ceux considérant, comme Ibn ‘Arabî (1165-1240) ou Jalâl al-Dîn al-Rûmî (1207-1273) que, finalement, les êtres humains étaient diminués dans leur relation au divin à cause de leur intellect, là où les animaux étaient dans une relation plus pure et immédiate à Dieu. Ces maîtres spirituels évoquent dans leurs textes l’existence de saints, parmi les animaux, ainsi que des maîtres spirituels. Les théologiens ont également cherché à déterminer si les animaux seront concernés par la résurrection, le Jugement dernier et la rétribution ou le châtiment divins, au même titre que les humains. Certains ont interprété les textes scripturaires en ce sens, c’est le cas notamment de l’illustre Abû ‘Abd Allâh al-Qurtubî (1214-1273) dans son ouvrage <em>al-Tadhkira fî ahwâl al-mawtâ wa umûr al-âkhira</em> (Le rappel concernant la situation des morts et les choses relatives à l’Au-delà). Des conséquences normatives et éthiques concrètes découlent de ces questions théologiques puisque certains juristes, à l’instar du théologien ash‘arite al-Juwaynî (1028-1085), incluent les animaux dans la catégorie des personnes irresponsables &#8211; <em>ghayr mukallafîn</em> – mais qui sont dotés d’une conscience leur permettant d’éprouver de la souffrance, au même titre que les enfants en bas-âge. Le principe de base qu’on en tire est que la mise à mort d’un animal demeure un acte intrinsèquement injuste nécessitant de limiter la souffrance au maximum. L’approche classique musulmane n’est donc pas anodine pour penser les débats contemporains sur l’abattage halal et sur le végétarisme en islam.</p>
<p><strong>Pour aller plus loin</strong></p>
<p>Mohammed-Hocine Benkheira, <em>Islam et interdits alimentaires : juguler l’animalité</em>, P.U.F., 2000</p>
<p>Mohammed-Hocine Benkheira, Catherine Mayeur Jaouen, Jacqueline Sublet, <em>L’animal en islam,</em> Les Indes savantes, 2005</p>
<p>Florence Bergeaud-Blackler, <em>Le marché Halal ou l’invention d’une tradition</em>, Editions du Seuil, 2017</p>
<p>Anne-Marie Brisebarre, <em>La fête du mouton : un sacrifice musulman dans l&rsquo;espace urbain</em>, CNRS Editions, 1998</p>
<p>Omero Marongiu-Perria (éd.), <em>L’islam et les animaux,</em> Atlande, 2021</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p></div>
			</div>
			</div>
				
				
				
				
			</div>
				
				
			</div>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>L&#8217;éloge du vin et du commensal par un poète aleppin du Xe siècle</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Audrey Caire]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 26 Jul 2021 17:37:22 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Approfondir]]></category>
		<category><![CDATA[Droit et société]]></category>
		<category><![CDATA[Abbassides]]></category>
		<category><![CDATA[Alcool]]></category>
		<category><![CDATA[Pratiques sociales]]></category>
		<category><![CDATA[Vie de cour]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L&#x2019;&#xE9;loge du vin et du commensal par un po&#xE8;te aleppin du Xe si&#xE8;cle Par ma vie, le vin poss&#xE8;de des vertus irr&#xE9;futables et des qualit&#xE9;s que l&#x2019;on ne peut nier : une force qui concilie les contraires, temp&#xE8;re l&#x2019;humeur et corrige le caract&#xE8;re. Il est connu pour enhardir le l&#xE2;che, renforcer l&#x2019;esprit, d&#xE9;lier la langue [&#x2026;]</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>L&rsquo;éloge du vin et du commensal par un poète aleppin du Xe siècle</strong></p>
<p>Par ma vie, le vin possède des vertus irréfutables et des qualités que l’on ne peut nier : une force qui concilie les contraires, tempère l’humeur et corrige le caractère. Il est connu pour enhardir le lâche, renforcer l’esprit, délier la langue et desserrer la bourse. Mais à côté de ces vertus d’autres aspects altèrent ses bienfaits et font paraître ses défauts : le buveur éprouve du dégoût avant de boire, ses traits durcissent lorsqu’il hume, s’il en reste dans la coupe il s’afflige, il ne cesse de faire des reproches à l’échanson, boit sans relâche, coupe le vin pour modifier son goût, il l’avale difficilement et s’aide d’amuse-bouche pour le faire passer. Il souffre de vertige et d’une migraine qu’il ne peut dissimuler. […]</p>
<p>L’ivresse est le plus grand défaut du vin, au point que toutes les traditions s’accordent à l’interdire sans la moindre divergence à son sujet. […]</p>
<p>Si tel est le vin, certains effets plaident en sa faveur, atténuent ses défauts et l’absolvent. Car l’acte de boire se fonde sur le partage et constitue le moyen de réunir les amis, permet l’intimité nécessaire à une bonne compagnie et le plaisir de la conversation. […]</p>
<p><strong>Commentaire </strong></p>
<p>Kushâjim, poète et commensal à la cour ḥamdanide d’Alep au milieu du Xe siècle, est l’auteur d’un manuel de savoir-vivre destiné à ceux qui partage la compagnie des princes et boivent en leur compagnie. Avant d’énoncer les règles à suivre en présence des puissants, il commence par faire l’éloge de la fonction de commensal (<em>nadîm</em>) et donc de la consommation du vin.</p>
<p><span class="marquage petitecap">Kushâjim (1999)</span>, <em class="marquage italique">Adab al-nadīm</em>, <span class="marquage petitecap">al-Nabawî </span><span class="marquage petitecap">ʿ</span><span class="marquage petitecap">Abd al-Wâh</span><span class="marquage petitecap">id Shʿ</span><span class="marquage petitecap">lân </span>éd., Le Caire, Maktabat al-Khânjî.</p>
<p>Kushâjim (2009), <em>L&rsquo;Art du commensal. Boire dans la culture arabe classique</em>, tra. S. Bouhlal, Paris, Actes Sud.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>La consommation d’alcool : normes et pratiques sous les Abbassides</title>
		<link>https://comprendrelislam.fr/droit-et-societe/la-consommation-dalcool-normes-et-pratiques-sous-les-abbassides/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=la-consommation-dalcool-normes-et-pratiques-sous-les-abbassides</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Audrey Caire]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 22 Jul 2021 13:02:03 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Approfondir]]></category>
		<category><![CDATA[Droit et société]]></category>
		<category><![CDATA[Abbassides]]></category>
		<category><![CDATA[Alcool]]></category>
		<category><![CDATA[Ivresse]]></category>
		<category><![CDATA[Vin]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La consommation d&#x2019;alcool est interdite par la loi musulmane. Voici une affirmation qui ne semble plus faire de doutes aujourd&#x2019;hui, mais au Moyen &#xC2;ge, et en particulier &#xE0; l&#x2019;&#xE9;poque abbasside (750-1258), le probl&#xE8;me se pose en des termes plus complexes. Tout d&#x2019;abord, les juristes musulmans d&#xE9;battent pour savoir ce qui est v&#xE9;ritablement interdit : un [&#x2026;]</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>La consommation d’alcool est interdite par la loi musulmane. Voici une affirmation qui ne semble plus faire de doutes aujourd’hui, mais au Moyen Âge, et en particulier à l’époque abbasside (750-1258), le problème se pose en des termes plus complexes. Tout d’abord, les juristes musulmans débattent pour savoir ce qui est véritablement interdit : un type de boisson en particulier, toutes les boissons qui enivrent, ou bien l’ivresse en elle-même ? Ensuite, l’interdit religieux n’empêche en rien la consommation de ces boissons, y compris dans les plus hautes sphères du pouvoir, censées veiller à l’application de la loi musulmane. Pour légitimer et justifier une pratique <em>a priori</em> interdite, les lettrés musulmans développent alors tout un discours sur l’ivresse qui en délimite les contours et en détermine les conditions d’acceptabilité.</p>
<p>En islam, l’interdiction de l’alcool trouve son origine dans l’interprétation du texte coranique. Le Coran évoque à plusieurs reprises l’attitude que doit adopter le croyant vis-à-vis de l’ivresse (<em>sukr</em>) et surtout du <em>khamr</em>, une boisson dont l’identification a posé problème aux théologiens et juristes musulmans. Dans certains versets le <em>khamr</em> est présenté comme la boisson du paradis, et donc comme une récompense éternelle (Coran XVI, 67 ; Coran XLVII, 15). Mais d’autres versets mettent en garde contre les dangers de sa consommation (Coran II, 219) et interdisent de prier en état d’ivresse (Coran IV, 43). Enfin, une interdiction plus globale et explicite est formulée dans la cinquième sourate : « Ô vous qui croyez ! Le vin (<em>khamr</em>), le jeu de hasard, les pierres dressées et les flèches divinatoires sont une abomination et une œuvre du Démon. Evitez-le… » (Coran V, 90). Les exégètes musulmans se sont peu à peu accordés à considérer ce verset comme interdisant de manière formelle la consommation du <em>khamr</em> aux croyants. Toutefois, les juristes continuent de se demander ce que le terme <em>khamr</em> désigne précisément.</p>
<p>Les traditionnistes mobilisent différents hadiths (paroles attribuées au Prophète ou à ses Compagnons) pour tenter de définir ce qu’est le <em>khamr</em>. Ceux-ci précisent notamment le type de contenant servant à le préparer, ou encore le type de plantes dont cette boisson est issue. Selon certains hadiths, le <em>khamr</em> est préparé à partir de raisins ou des dattes, mais d’autres affirment que le <em>khamr</em> peut aussi être préparé avec du blé, de l’orge ou du miel, ce qui inclut les bières (<em>fuqqâʿ</em>). D’autres exégètes proposent une définition lexicographique du <em>khamr</em> en arguant du fait que le verbe <em>khamara</em> signifie voiler. Le <em>khamr</em> serait alors toute boisson voilant l’esprit, en l’occurrence toute boisson enivrante. Il existe alors deux grandes positions juridiques quant à la définition du <em>khamr</em> et donc à la compréhension de l’interdiction coranique. La première consiste à proposer une définition restreinte, où le <em>khamr </em>est à strictement parler du vin de raisin, et plus précisément le jus de raisin fermenté et non cuit. C’est notamment la position adoptée par l’école hanafite et par quelques muʿtazilites. Pour l’ensemble des autres écoles sunnites et chiites, une définition beaucoup plus large du <em>khamr</em> est proposée : est <em>khamr</em> toute boisson enivrante. En outre, tous s’accordent à considérer que l’ivresse (<em>sukr</em>) est interdite. Pour ceux qui ont une définition large du <em>khamr</em>, cela signifie que toute boisson enivrante, y compris consommée avec modération, est à bannir. En revanche, pour les hanafites, cela signifie que les boissons enivrantes qui ne sont pas du vin de raisin sont autorisées à condition de ne pas les consommer jusqu’à l’ivresse. Cette posture, alors minoritaire, finit par disparaître progressivement entre le X<sup>e</sup> et le XIII<sup>e</sup> siècle pour arriver au consensus que nous connaissons aujourd’hui.</p>
<p>À l’époque abbasside, si les juristes et théologiens musulmans interdisent déjà très majoritairement les boissons enivrantes, leur consommation reste largement répandue, y compris chez les élites musulmanes. La littérature arabe classique (<em>adab</em>), ainsi que les livres de recettes témoignent de ces pratiques en évoquant différentes préparations. On y trouve bien sûr du vin de raisin (<em>khamr</em>), souvent produit par des chrétiens et notamment par les monastères que peuvent fréquenter les élites musulmanes, mais aussi diverses boissons fermentées à base de sirops de fruits (<em>dûshâb</em>, <em>dâdhî</em>), d’infusions de fruits (<em>nabîdh</em>), ou encore des bières (<em>fuqqâʿ</em>). À la cour abbasside, et dans les milieux urbains aisés, il était de bon ton, pour le maître de maison, d’inviter quelques compagnons à partager son repas qui était souvent suivi d’un temps de consommation du vin, accompagné de vives discussions, de musique et de quelques amuse-bouche (<em>naql</em>).</p>
<p>Pour les lettrés musulmans qui évoluent dans ces milieux, la consommation du vin devient un sujet de discussions et d’ouvrages pour en normer la pratique. Non seulement, ils aiment à rappeler les vers des poètes bachiques comme Abû Nuwâs (m. vers 815), mais ils dissertent aussi du rôle du compagnon de boisson (<em>nadîm</em>, pl. <em>nudamâʾ</em>) et des manières qu’il doit adopter en rapportant des bons mots et des anecdotes aussi divertissantes qu’édifiantes. Bien qu’ils rappellent l’interdiction religieuse du vin et de l’ivresse, ils s’attachent aussi à en définir les limites acceptables. Partant du principe que l’ivresse contient autant de dangers que de bienfaits, et rappelant en cela le verset 219 de la deuxième sourate du Coran, ils essayent d’en délimiter les contours au profit des seconds. Les dangers qu’ils évoquent sont ceux qu’identifient les théologiens musulmans, et par lesquels ils justifient le commandement divin. Parmi eux, on trouve l’idée que l’excès de vin est dangereux pour la santé, qu’il altère l’esprit et engendre une incapacité pour le croyant à accomplir ses devoirs religieux, en particulier la prière, ou encore qu’il donne lieu à des comportements socialement inappropriés, comme de la violence ou une absence de pudeur. Mais l’ivresse modérée a également des vertus thérapeutiques &#8211; le vin est considéré comme un remède, à condition d’être utilisé à bon escient &#8211; et surtout sociales. En effet, la consommation de boissons enivrantes facilite la discussion et adoucit le caractère. C’est pour cela que les lettrés musulmans continuent d’en faire l’éloge : elle garantit l’intimité et le partage essentiel au développement culturel et savant des élites. La sociabilité des hommes étant au cœur du projet de l’<em>adab</em>, l’éducation lettrée, tout ce qui la provoque et la rend agréable est alors valorisé, y compris le vin et l’ivresse qu’il engendre.</p>
<p><strong>Pour aller plus loin :<br />
</strong></p>
<p>Audrey Caire, « Vin et ivresse au Proche-Orient (IXe-Xe siècles), normes sociales, normes discursives », <em>Hypothèses</em>, 21, 2018, p. 37-46.</p>
<p>Joseph Sadan, « Vin-fait de civilisation », dans Myriam Rosen-Ayalon (éd.), <em>Studies in Memory of Gaston Wiet</em>, Jérusalem, The Hebrew University of Jerusalem, 1977, p. 129‑160.</p>
<p>Joseph Sadan, « Khamr », dans <em>Encyclopédie de l’Isla</em><em>m,</em> vol. IV, 1978, p. 1027-1030.</p>
<p>Joseph Sadan, « Mas̲h̲rūbāt », dans <em>Encyclopédie de l’Islam</em>, vol. VI, 1989, p. 709‑712.</p>
<p>David Waines, « Abū Zayd al-Balkhī on the Nature of Forbidden Drink: A Medieval Islamic Controversy », dans David Waines (éd.), <em>Patterns of Everyday Life</em>, Aldershot, Ashgate, 2002, p. 329‑344.</p>
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