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	<title>Texte à l&rsquo;appui | Comprendre l&#039;Islam</title>
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	<description>Religions Débats Hsitoire</description>
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	<title>Texte à l&rsquo;appui | Comprendre l&#039;Islam</title>
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		<title>Le soufisme (tasawwuf)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Jean-Jacques Thibon]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 19 Sep 2024 14:27:49 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Islam pluriel]]></category>
		<category><![CDATA[Texte à l'appui]]></category>
		<category><![CDATA[amour de Dieu]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le soufisme, dit tasawwuf en arabe, repr&#xE9;sente la branche spirituelle de l&#x2019;islam, dont les doctrines atteignirent leur maturit&#xE9; au d&#xE9;but du 4e/10e si&#xE8;cle pour s&#x2019;imposer partout dans le monde musulman depuis lors jusqu&#x2019;&#xE0; nos jours. Jean-Jacques Thibon propose ci-apr&#xE8;s, traduits en fran&#xE7;ais, des textes des plus &#xE9;minentes autorit&#xE9;s soufies d&#x2019;ob&#xE9;dience sunnite dont le r&#xF4;le fut [&#x2026;]</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Le soufisme, dit tasawwuf en arabe, représente la branche spirituelle de l&rsquo;islam, dont les doctrines atteignirent leur maturité au début du 4e/10e siècle pour s&rsquo;imposer partout dans le monde musulman depuis lors jusqu&rsquo;à nos jours. Jean-Jacques Thibon propose ci-après, traduits en français, des textes des plus éminentes autorités soufies d&rsquo;obédience sunnite dont le rôle fut déterminant dans la diffusion du soufisme et son intégration définitive au sein de la religion de l&rsquo;Islam.</p>
<p>Abû Abd al-Rahmân al-Sulamî (937-1021), <em>Les voies des Hommes sincères parmi les Soufis,</em> trad. J.-J. Thibon, in <em>La Règle d’Abraham</em>, n°34, Archè, 2012, p. 27-64.</p>
<p>Al-Sulamî, auteur prolifique et maître soufi de Nishapour, consacra sa vie à recueillir et à organiser de façon thématique les enseignements des premiers maîtres soufis. Cet opuscule, intitulé <em>Manâhij al-sâdiqîn min al-sûfiyya</em>, est un traité sur les étapes principales de la voie sont traduits 5 paragraphes :</p>
<p>§2 &#8211; Ayant constaté que le commun des hommes mentait dans les jugements portés à l’encontre des soufis à cause de l’ignorance dans laquelle ils sont de leurs sciences, de leurs états, de leurs règles de convenance, de leurs vertus et de leurs états spirituels, mais aussi en raison de leur incapacité à appréhender la dureté de leurs exercices spirituels et de leurs efforts ascétiques, j’ai entrepris de réunir quelques données succinctes dans lesquelles je préciserai une partie des doctrines de leurs écoles afin que celui qui les décrie sache que c’est uniquement son incapacité qui est en cause, ce qui doit l’amener à modifier le regard qu’il porte et à considérer qu’ils sont les saints de Dieu, les Purs, étant convaincu qu’ils sont les meilleurs de la communauté, et leurs guides.</p>
<p>§3 &#8211; Sache que le soufisme (<em>tasawwuf</em>) est un terme qui réunit la perfection des vertus et des états dans leur totalité. Il a un début, une fin et des étapes. La première chose nécessaire à qui veut y entrer est l’agrément divin afin qu’il prenne conscience de son insouciance coutumière. Cela provoquera un éveil et l’amènera à délaisser la conduite qui était la sienne. Il se détournera de ce qui plaît à l’ego et des exigences de sa nature grossière. Il rompra avec ses mauvaises fréquentations et s’éloignera des lieux dans lesquels il a contrevenu à la Loi divine. Ce retour (vers Dieu) s’appelle repentir, et signifie ramener son âme sur les voies des Hommes de piété. Dieu a dit : « Repentez-vous tous à Dieu, croyants, peut-être réussirez-vous » (Cor. 24, 31). Lorsque son âme s’est soumise à Lui, qu’elle est revenue (vers Dieu), qu’elle s’est affranchie des vices autrefois commis, il peut alors œuvrer à amender son cœur afin qu’il se soumette comme l’a fait précédemment son âme.</p>
<p>§4 &#8211; Puis il se mettra en quête d’un imam de la communauté des soufis, un imam qui guide, auprès duquel son cœur sera en paix et dont les justes conseils seront visibles sur ses disciples et ceux qui ont été éduqués par lui. L’intention formulée devra être exempte des mobiles individuels affectant généralement les hommes pour s’en tenir au seul motif qui a guidé ceux qui se sont dirigés vers lui. Car, qui est encore tributaire des exigences de son âme n’accepte pas les indications que lui donne le sage. S’il se rend auprès de lui en s’étant dépouillé de celles-ci, dès lors le sage-médecin, au premier regard, sait la cause de son mal et il peut lui en indiquer le remède. Celui-ci correspond parfaitement au mal à traiter et agit en lui, avec la permission de Dieu, le Très-Haut. Si par contre il va le trouver, toujours enclin à s’en remettre à ses attributs individuels ou rationnels, il perdra son temps car les paroles du sage n’auront aucune prise sur lui et il ne parviendra pas à trouver le droit chemin. […]</p>
<p>§5 &#8211; Celui qui accepte des aspirants doit leur enseigner ce qui est indispensable des fondements de la Loi religieuse concernant la purification, la prière, le jeûne, l’aumône légale et le pèlerinage ; puis il l’invitera à l’apprentissage et à l’étude du Livre de Dieu. Ensuite, à gagner sa vie de façon licite et à dépenser le superflu même si cela lui coûte. Puis, il le poussera à délaisser les biens de ce monde et à s’en détourner, pour se tourner vers l’autre monde et les moyens de s’en rapprocher. Il y consacrera tout son temps ne parlant, ne dormant ou ne mangeant qu’avec parcimonie. Il lui conseillera la retraite, l’isolement, le sérieux, la veille nocturne et des pleurs abondants en raison de son passé et du temps dilapidé en pure perte. […]</p>
<p>§7 &#8211; Lorsqu’il a réalisé la station du repentir, les scintillements des lumières de l’amour lui apparaissent, car Dieu &#8211; que Sa mention soit glorifié &#8211; a dit : « <em>Dieu aime ceux qui sont enclins au repentir et Il aime ceux qui se purifient</em>» (Cor. 2, 222). Il aime ceux qui se repentent lorsque leur repentir est vrai et Il aime ceux qui se purifient quand leur purification est totale. Ce scintillement le pousse à redoubler d’efforts et à multiplier les exercices d’ascèse, comme il conforte le cœur dans les actes d’obéissance et les états spirituels, tandis que s’amenuise l’envie de l’âme de contrevenir à la Loi pour satisfaire aux exigences de sa nature. Ainsi, le cœur pousse l’âme à se départir de ses penchants blâmables comme la mesquinerie, l’avarice, la médisance, la calomnie, l’envie, l’orgueil, la haine, l’avidité, l’inimitié, la mauvaise opinion d’autrui, la recherche des jouissances et la poursuite des passions, l’amour de l’éloge et des apparences, le refus de la vérité, le mépris d’autrui en se vantant de les surpasser en piété, la satisfaction complaisante envers les actes d’adoration, en un mot voir les défauts des autres alors qu’on est incapable de percevoir que l’on est affecté des mêmes travers blâmables.</p>
<p>Abû Hâmid al-Ghazâlî (m. 505/1111), <em>Le Tabernacle des Lumières.</em> <em>Mishkât Al-Anwâr</em>, trad. de R. Deladrière, Paris, Le Seuil, 1981, p. 65-6.</p>
<p>Ce petit traité de Ghazālī, expose la corrélation entre le monde d’en haut et le monde d’en bas en s’appuyant sur un passage du Coran qui relate la réflexion d’Abraham confronté à l’idolâtrie et son cheminement vers le monothéisme.</p>
<p>« Le monde visible est donc un point d’appui pour s’élever au monde du Royaume céleste, et le “parcours de la Voie droite” consiste en cette ascension, que l’on peut également exprimer par les mots “Religion” (<em>dîn</em>) et “les étapes de la Bonne Voie” (<em>hudâ</em>). S’il n’y avait pas de correspondance et de liaison entre les deux, la montée de l’un à l’autre serait inconcevable. La Miséricorde divine a fait qu’il y ait une relation d’homologie entre le monde visible et celui du Royaume céleste. En conséquence il n’y a aucune chose du premier qui ne soit un symbole (<em>mithâl</em>) de quelque chose du second.[…] Une chose est le symbole d’une autre si elle la représente en vertu d’une certaine similitude et si elle lui correspond en vertu d’une certaine corrélation. Énumérer ces symboles nécessiterait l’étude exhaustive de tous les êtres se trouvant dans les deux mondes ; les forces de l’homme n’y suffiraient pas […]. Je dirai donc ceci : Il y a dans le monde du <em>Malakût</em> (Royaume céleste) des substances lumineuses, nobles et élevées, auxquelles on donne le nom d’“anges”. C’est à partir de ceux-ci que se répandent les lumières sur les esprits humains, et c’est pourquoi on les appelle ‘seigneurs’, Dieu étant alors le Seigneur des seigneurs. Et leur rang diffère selon les différents degrés de luminosité de leur nature. S’il en est bien ainsi, le soleil, la lune et les étoiles sont, dans le monde visible, exactement les symboles qui leurs conviennent. Celui qui marche dans la voie spirituelle parvient d’abord à un degré qui correspond donc à celui des étoiles. L’éclat de la lumière de ce qui est pour lui comme une étoile se manifeste à lui dans toute sa clarté, et lui révèle que le monde d’en bas est tout entier sous son influence et subit l’éclat de sa lumière. Il se hâte alors de dire, devant la révélation de sa beauté et l’éminence de son rang : « <em>Voici mon Seigneur</em> ». Quand, ensuite, lui apparaît ce qui est au degré supérieur, et qui correspond à celui de la lune, il voit la première lumière comme décliner et se coucher en raison de celle qui la dépasse, et il s’écrie : « <em>Je n’aime pas ceux qui disparaissent </em>». Il s’élève ainsi jusqu’au degré représenté par le soleil parce que celui-ci est plus grand et plus haut, et parce qu’il lui paraît propre à symboliser ce degré en vertu d’une certaine analogie. Mais l’analogie avec ce qui est imparfait est elle-même une imperfection et elle est vouée à disparaître, elle aussi. C’est pourquoi il déclare :« <em>Je tourne ma face en adorateur</em> exclusif (<em>hanîf</em>), vers Celui qui a créé les cieux et la terre»</p>
<p>Shihâb al-Dîn Omar al-Suhrawardî (m. 1234), <em>Awârif al-maârif</em> (Les bienfaits de la gnose), in <em>Les Voies d’Allah</em>, Paris, Fayard, 1996, trad, D. Gril, p. 549-50.</p>
<p>Suhrawardî fut l’un des fondateurs de la confrérie Suhrawardiyya, soucieuse d’une mystique pondérée visant à établir un équilibre entre la Loi et la Voie. Dans ce manuel, il expose son enseignement, en particulier les règles de conduite à tenir. Cet extrait aborde celles à observer par le maître envers ses compagnons et disciples.</p>
<p>« Le maître sait quelle est l’attention du disciple à écouter ses paroles et la préparation qu’elles opèrent en lui. Une parole du maître est comme une semence qui tombe en terre. Si la semence est mauvaise, elle ne donnera pas de pousse. Une parole se corrompt quand la passion s’y introduit ; aussi le maître s’emploie-t-il à purifier ses propos de toute passion. Il s’en remet à Allâh, lui demande de l’assister pour qu’il s’exprime avec justesse et, enfin, parle. Ses paroles seront alors par Allâh, d’Allâh, pour Allâh. Le maître est sûr (<em>amîn</em>) dans son inspiration au sujet de ses disciples, comme Gabriel, lorsqu’il transmettait la Révélation. Gabriel ne déformait pas la révélation, ni le maître son inspiration.[…] le maître, imitant l’Envoyé intérieurement et extérieurement, ne parle pas lui non plus sous la passion de l’âme. Cette dernière peut s’introduire dans les paroles pour deux raisons : la première qui ne saurait être le fait des maîtres, est de chercher à s’attirer les cœurs et à détourner vers soi les regards. Dans le deuxième cas, l’âme se manifeste par des propos brillants et le contentement de soi. Pour les réalisateurs des vérités essentielles (<em>al-muhaqqiqûn</em>), c’est là une trahison. Dans toutes les paroles qu’il prononce, le maître a une âme apaisée […] En réalité le maître écoute ce qu’Allâh – qu’Il soit glorifié et exalté- lui inspire tout comme ses propres auditeurs. Le cheikh Abû l-Suʿûd Ibn Shibl -Allâh lui fasse miséricorde- parlait avec ses disciples de ce dont il recevait l’inspiration. Il disait : « Je suis de ces propos l’auditeur, comme l’un d’entre vous.»</p>
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		<title>L’islam noir, ou les aventures d’un concept et d’un mot</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Jean-Louis Triaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 24 May 2023 14:16:46 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Islam pluriel]]></category>
		<category><![CDATA[Texte à l'appui]]></category>
		<category><![CDATA[époque coloniale]]></category>
		<category><![CDATA[Islam noir]]></category>
		<category><![CDATA[mouridisme]]></category>
		<category><![CDATA[qâdiriyya]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L&#x2019;&#xAB; Islam noir &#xBB; cette expression qui a servi &#xE0; d&#xE9;signer l&#x2019;islam subsaharien en g&#xE9;n&#xE9;ral, est fr&#xE9;quemment utilis&#xE9;e par les auteurs du si&#xE8;cle pr&#xE9;c&#xE9;dent et dans les m&#xE9;dias de notre &#xE9;poque, depuis la publication du livre de Vincent-Mansour Monteil (m. 2005), portant cette expression pour titre, d&#xE8;s 1964, puis en 1971 et 1980. Outre les [&#x2026;]</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>L&rsquo;« <em>I</em><em>slam noir</em> » cette expression qui a servi à désigner l&rsquo;islam subsaharien en général, est fréquemment utilisée par les auteurs du siècle précédent et dans les médias de notre époque, depuis la publication du livre de Vincent-Mansour Monteil (m. 2005), portant cette expression pour titre, dès 1964, puis en 1971 et 1980. Outre les études liées à cette expression dont certains extraits sont mentionnés plus bas, l&rsquo;auteur J.-L. Triaud s&rsquo;est appuyé également sur d&rsquo;autres publications pour traiter de cet Islam subsaharien et en dégager les caractéristiques propres en Afrique orientale et occidentale.</p>
<p>Vincent Monteil est revenu sur l’usage du titre <em>Islam noir</em> dans la première édition de son ouvrage, Vincent Monteil, <em>L’islam noir,</em> Paris, Éditions du Seuil, 1964. Dans la deuxième édition (1971, p. 47), il prend acte des critiques qui lui ont été faites à ce sujet : « … l’expression ‘islâm noir’ n’a certes pas la faveur des Africains. Cette méfiance s’explique en raison de l’utilisation tendancieuse qui en a été faite » .</p>
<div id="attachment_84402" style="width: 276px" class="wp-caption alignright"><img fetchpriority="high" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-84402" class="wp-image-84402" src="https://comprendrelislam.fr/wp-content/uploads/2023/05/mawlid2-225x300.jpg" alt="Mawlid à la mosquée Sankore " width="266" height="355" /><p id="caption-attachment-84402" class="wp-caption-text">Lecture collective : Mawlid à la mosquée Sankore (Cliché Abdoulwahid Haidara 2018)</p></div>
<p>Cependant, dans la préface de la troisième et dernière édition (1980), il justifie finalement son titre par défaut : « Je sais que le titre, <em>L’Islam noir</em>, prête le flanc à la critique et que des Africains musulmans me l’ont amicalement reproché. Mais, puisque, tel qu’il est, il aborde son troisième voyage, il m’a semblé qu’il valait mieux le garder, car, après tout, c’est sous ce nom qu’il s’est fait connaître ».</p>
<p>Alain Quellien, <em>La politique musulmane dans l’Afrique occidentale française.</em> Paris, Émile Larose, 1910 : p. 111 et p. 172 :</p>
<p>« L’islam soudanien a […] l’avantage de tendre à perdre son caractère fanatique à mesure que la couleur du Noir augmente ; ce caractère subsiste seulement chez les races noires métissées d’Arabe ou de Peul […]. L’islam soudanien, en tant que puissance musulmane et organisation politique, consciente d’elle-même et sérieusement organisée n’existe pas. Ce n’est qu’un islamisme de surface, d’apparence, de pure forme ; les pratiques fétichistes y survivent avec autrement de force que les observances strictes musulmanes, les noirs font seulement salam ; quant au reste, ils l’ignorent profondément. Cet islamisme, informe et hétérodoxe, ne saurait donc être dangereux à condition qu’il reste livré à lui-même et qu’aucune influence extérieure ne vienne lui faire subir d’importantes modifications ».</p>
<p>Robert Arnaud, « L’islam et la politique musulmane française en Afrique occidentale française », Paris, Publication du Comité de l’Afrique française, <em>Bulletin du Comité de l’Afrique française</em>, Renseignements coloniaux, 1912, p. 6 et p. 128-129:</p>
<p>« L’islam en Afrique occidentale, virtuellement séparé de l’influence des perturbations politiques qui, ailleurs, modifient son aspect traditionnel, confondu de plus en plus avec le fétichisme, vit d’une vie qui lui est propre, et acquiert une individualité qui lui permet d’avoir son évolution particulière, en dehors des idées professées par les transformateurs sociaux d’Égypte, de Turquie et de Perse […] Nous avons un intérêt considérable à voir se continuer et évoluer en Afrique occidentale un Islam purement africain […] Il serait désirable que nous ne soyons pas indifférents à la formation, dans la partie occidentale de ce continent, d’un éthiopianisme musulman ».</p>
<p>Paul Marty, <em>Études sur l’islam au Sénégal. Les personnes. </em>Paris, Collection de la Revue du monde musulman, 1917, p. 261 : « Le mouridisme, pour désigner par un mot le corps des doctrines et pratiques religieuses auxquels sont attachés les Mourides, doit être considéré comme une sorte de religion nouvelle née de l’islam »</p>
<p>Paul Marty (1882-1938) fut le principal animateur et théoricien des Affaires musulmanes au Gouvernement général de l’AOF à Dakar. Il a laissé une importante bibliographie sur l’islam dans chaque colonie (9 titres entre 1913 et 1930). Le mouridisme, qui est, à l’origine, une branche issue de la Qādiriyya mauritanienne, devient, à ses yeux, le modèle de ce qu’on appelle par ailleurs <em>islam noir : </em>un islam jugé particulariste à encourager comme tel. Sur la naissance de la Mūridiyya, voir Cheikh Anta Babou, <em>Fighting the Greater Jihad. </em><em>Amadu Bamba and the founding if the Muridiyya of Senegal, </em>1853-1913. Athens, Ohio</p>
<p>Jean-Claude Froelich, <em>Les musulmans d’Afrique noire.</em> Paris, Éditions de l’Orante, 1962, p. 11: « Il existe donc un Islam noir bien particulier, très différent de l’Islam méditerranéen ou proche-oriental, différent aussi de l’Islam maure ; Islam repensé, repétri, négrifié, adapté aux caractères psychologiques des races noires »</p>
<p>J.C. Froelich, administrateur de la France d’Outre-Mer et responsable d’Affaires musulmanes, résume en ces termes, à l’usage du grand public, la doctrine de l’<em>islam noir. </em>C’est un point d’orgue : les indépendances viennent mettre fin à cette politique, fortement contestée du côté musulman. Froelich a placé en exergue de son livre une citation d’Ibn Khallikān, un juriste arabe (1211-1282), qui est pourtant une sorte d’antidote aux jugements péjoratifs que nous avons recensés ici : « Une peau noire ne saurait avilir une âme pure ou diminuer la science du savant ou l’élévation de l’esprit. Laissez les Noirs revendiquer la couleur de votre corps, je réclame comme mienne leur âme noble et candide ». La référence précise est absente.</p>
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]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Hurûfîs: vie et oeuvre d&#8217;Astarâbâdî</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Lahcen Daaif]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 09 Nov 2022 16:40:41 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Islam pluriel]]></category>
		<category><![CDATA[Texte à l'appui]]></category>
		<category><![CDATA['Arsh nâma]]></category>
		<category><![CDATA[Fadlallâh Astarâbâdî]]></category>
		<category><![CDATA[hurûfîs]]></category>
		<category><![CDATA[Jāvdān-nāma]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une biographie sommaire de Fadlall&#xE2;h Na&#x2019;&#xEE;m&#xEE; al-Astar&#xE2;b&#xE2;d&#xEE; est rapport&#xE9;e dans plusieurs recueils bio-bibliographiques sunnites, majoritairement de l&#x2019;&#xE9;poque mamlouke dont celle de Sakh&#xE2;w&#xEE; (m. 1497), al-Daw&#x2019; al-L&#xE2;mi&#x2019; qui renvoie &#xE0; Durar al-&#x2018;Uq&#xFB;d d&#x2019;al-Maqr&#xEE;z&#xEE; (m. 1442), comme &#xE9;tant la seule source &#xE0; proposer une notice biographique cons&#xE9;quente de cet auteur. Al-Dhar&#xEE;&#x2019;a, de &#xC2;q&#xE2; Buzurg al-Tahr&#xE2;n&#xEE; (m. 1970) [&#x2026;]</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Une biographie sommaire de Fadlallâh Na&rsquo;îmî al-Astarâbâdî est rapportée dans plusieurs recueils bio-bibliographiques sunnites, majoritairement de l&rsquo;époque mamlouke dont celle de Sakhâwî (m. 1497),<em> al-Daw&rsquo; al-Lâmi&rsquo;</em> qui renvoie à <em>Durar al-&lsquo;Uqûd</em> d&rsquo;al-Maqrîzî (m. 1442), comme étant la seule source à proposer une notice biographique conséquente de cet auteur. <em>Al-Dharî&rsquo;a</em>, de Âqâ Buzurg al-Tahrânî (m. 1970) quant à elle, demeure l&rsquo;une des plus récentes sources chiites à consacrer à Fadlallâh une notice biographique qui, quoique courte, compète celle de Maqrîzî. Nous les reproduisons traduites en français dans leur intégralité ci-dessous :</p>
<p>Al-Maqrīzī, <em>Durar al-ʿuqūd al-farīda fī tarājim al-aʿyān al-mufīda, </em>éd. M. al-Jalīlī, Beyrouth, Dār al-Ġarb al-Islāmī, 1423/2002, vol. 3, § 901:</p>
<p>« Il a cheminé dans la voie de Dieu Très-Haut, menant une vie de dénuement et de renoncement. En effet, il est connu pour n’avoir jamais goûté à la nourriture de personne ; il cousait plutôt les calottes qui se portaient sur la tête, activité dont il tirait de quoi assurer une modeste subsistance. Il est l’auteur d’ouvrages dont : « ʿArsh Nâma”  » et « Jâwîd Nâma » qui consistent en poèmes composés en langue persane. Il eut de nombreux adeptes. A cause de certains propos rapportés de lui, il fut soumis à l’interrogation une première fois lors d’une séance tenue spécialement à cet effet dans la ville de Gilan (en Iran actuel) en présence de docteurs de la loi, puis une seconde fois lors d’une autre séance tenue dans la ville de Samarcande. En l&rsquo;an huit cent quatre (de l’Hégire) il fut exécuté et inhumé dans la cité de Yalanji, l’un des districts de la métropole de Tabriz (en Iran).</p>
<p>Il avait de nombreux disciples dans le pays de la Transoxiane, au Levant et en Égypte. Ils étaient reconnaissables à leurs habits en feutre blanc non tissé dont ils couvraient également la tête. Ils niaient ouvertement les attributs divins, professaient la licéité des interdits et l’abandon des obligations religieuses, et corrompaient la foi de nombreuses personnes. Aussi al-Qân Mu’în al-Dîn Shâh Rukhkh, le fils du prince Taymûr (Tamerlan) le Sultan de la Transoxiane, ordonna-t-il qu&rsquo;ils soient expulsés de son pays. Un vendredi dans la grande mosquée, deux d&rsquo;entre eux se ruèrent sur ce dernier dans l’intention de le tuer, et parvinrent à le blesser gravement. Ils furent ensuite mis à mort. Al-Qân recouvra ses esprits, mais depuis cette attaque, il fut frappé d’une maladie pour le reste de sa vie ».</p>
<p>Âgâ Bazrak al-Tahrânî, <em>al-Ḏarīʿa Ila taṣānīf al-šîʿa, </em>Beyrouth, Dār al-Aḍwāʾ, s. d. vol 4-9, p. 1217, § 6901 :</p>
<p>« Il s’agit de Fadlallâh b. Abî Muhammad ‘Abd al-Rahmân Jalâl al-Dîn al-Astarâbâdî, connu sous le nom de Na’îmî et surnommé Halâl Khûr (celui dont la nourriture est licite), le fondateur du groupe des hurûfites influencés par le soufisme et l’isma’ilisme. Ils ont pour insigne une calotte blanche dont il couvrait la tête. Né en 741 (de l’hégire), Fadlallâh a été exécuté et sa dépouille brûlée sur ordre de Mîrân Shâh fils de Taymûr (Tamerlan) et  à la suite de la fatwa prononcée par des savants sunnites de la ville de Tabrîz en 796. Outre son recueil de poèmes, il est l’auteur de “Anfus wa-âfâq (Des âmes et des horizons)”, poème composé en langue persane, du “Jâvidân Nâma” dans sa version longue, en langue persane d’Astarâbâd, et de “‘Arsh Nâma”. Il a résidé pendant vingt ans à la ville de Najaf…puis pendant quelque temps à Bâkû (Bakou en Azerbaïdjan) et à Shîrwân (Shirvan à l’extrême Nord-Est d’Iran) ».</p>
<div id="attachment_83753" style="width: 310px" class="wp-caption alignright"><img decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-83753" class="size-medium wp-image-83753" src="https://comprendrelislam.fr/wp-content/uploads/2022/11/Kitab-i_Javidan-i_Durr-i_Yatim_Ast_miftah-i_huruf-i-copie-300x250.jpeg" alt="Astarābādī; hurûfîs;,Jâwdân- nâma,&amp;#039;Arsh nâma" width="300" height="250" srcset="https://comprendrelislam.fr/wp-content/uploads/2022/11/Kitab-i_Javidan-i_Durr-i_Yatim_Ast_miftah-i_huruf-i-copie-300x250.jpeg 300w, https://comprendrelislam.fr/wp-content/uploads/2022/11/Kitab-i_Javidan-i_Durr-i_Yatim_Ast_miftah-i_huruf-i-copie.jpeg 354w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /><p id="caption-attachment-83753" class="wp-caption-text">Le haut de la 1ère page d&rsquo;un manuscrit tardif de Javidan</p></div>
<p>Clément Huart (m. 1926),  « Notice d’un manuscrit pehlevi- musulman », Journal Asiatique, 1889, t. XIV, p. 241 : « À première vue ce manuscrit paraît être écrit en persan. Un examen attentif seul montre qu’à côté de phrases en persan pur, le texte contient un grand nombre de passages écrits dans un dialecte persan particulier. Le mélange de ces deux éléments est même parfois tellement intime que l’auteur passe continuellement de l’un à l’autre, de sorte que l’ana lyse en devient souvent hésitante ».</p>
<p>Orkhan Mir-Kasimov, « Étude de textes ḥurūfī anciens : l’oeuvre fondatrice de Faḍlallāh Astarābādī », <em>Revue de l’histoire des religions</em>, 2009, p. 255 :</p>
<p>« Dans l’ensemble, le <em>Jāwdān-nāma</em> se présente comme un ouvrage crypté. Certaines indications trouvées dans les écrits des disciples de Faḍlallāh semblent corroborer cette hypothèse. Par ailleurs, si la dissimulation des données doctrinales est l’expression d’un choix délibéré de l’auteur, il pouvait se conformer en cela à l’usage dont des exemples se rencontrent aussi dans d’autres courants de la mystique musulmane, surtout parmi les branches chiites de celle- ci. Plus spécifiquement, la technique de la « dispersion de la science » (<em>tabdīd al-‘ilm</em>), qui consiste juste ment à diviser l’exposé sur un sujet « sensible » et à l’insérer par fragments dans différents endroits d’un texte plus anodin, est attestée dans les recueils des ḥadīth chiites, et dans le corpus alchimique attribué à Jābir b. Ḥayyān. La « dispersion de la science » faisait partie des pratiques destinées à préserver la pureté de la doctrine originelle face aux interprétations ineptes t à la mettre à l’abri des attaques de l’orthodoxie religieuse et des pouvoirs politiques. Les <em>ḥurūfī</em>, considérés comme des hérétiques dangereux, avaient donc toutes les raisons de recourir à ces techniques.</p>
<p>Pour reconstruire la doctrine contenue dans le <em>Jāwdān-nāma</em> il fallait donc résoudre les problèmes posés par la structure de ce texte, et avant tout celui de sa fragmentation. »</p>
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		<title>Une vision orientaliste des Alaouites</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Bruno Paoli]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 20 May 2022 12:26:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Islam pluriel]]></category>
		<category><![CDATA[Texte à l'appui]]></category>
		<category><![CDATA[Alaouites]]></category>
		<category><![CDATA[Chiisme]]></category>
		<category><![CDATA[Colonisation]]></category>
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		<category><![CDATA[Orientalisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Source : extrait de Jean-Joseph-Fran&#xE7;ois Poujoulat, &#xAB; Visite &#xE0; Lattaqui&#xE9; &#xBB;, Revue des deux mondes, quatri&#xE8;me s&#xE9;rie, volume 2, n&#xB0;2 (1835), p. 238-242. [&#x2026;] J&#x2019;arrive maintenant &#xE0; ce qui me semble le plus curieux, le plus digne d&#x2019;attention dans le pays de Laodic&#xE9;e ; je veux parler de la peuplade qui habite les montagnes voisines [&#x2026;]</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Source : extrait de Jean-Joseph-François Poujoulat, « Visite à Lattaquié », <em>Revue des deux mondes</em>, quatrième série, volume 2, n°2 (1835), p. 238-242.</strong></p>
<p>[…] J&rsquo;arrive maintenant à ce qui me semble le plus curieux, le plus digne d&rsquo;attention dans le pays de Laodicée ; je veux parler de la peuplade qui habite les montagnes voisines de cette ville, et qui est connue sous le nom d&rsquo;Ensyriens, de Nosaïris ou d&rsquo;Ansariens. Les savans ne connaissent que très imparfaitement la peuplade ansarienne renfermée dans ses montagnes comme dans des forts inaccessibles ou dans des sanctuaires interdits aux profanés. La religion, les mœurs, les coutumes des Ansariens sont encore enveloppées de mystérieuses ombres. Ce que je vais rapporter, c&rsquo;est le fruit des conjectures les plus probables, le résultat de longues observations faites par les chrétiens du pays ; c&rsquo;est surtout ce que les gens les plus éclairés de la côte ont pu comprendre par la lecture de quelques livres ansariens qu&rsquo;un heureux hasard a fait tomber entre leurs mains.</p>
<p>Les Ansariens sont partagés en différentes sectes, parmi lesquelles on compte la secte des adorateurs du soleil, celle des adorateurs de la lune, celle des adorateurs de la femme ; le nombre des villages qu&rsquo;ils habitent s&rsquo;élève à plus de sept cents ; ils forment une population d&rsquo;environ cent mille âmes. Les Ansariens regardent Jésus-Christ et Mahomet comme deux grands prophètes amis de Dieu ; ils ont des fêtes musulmanes et des fêtes chrétiennes ; la Noël, la Pâque, l&rsquo;Épiphanie, la Pentecôte et la Circoncision, sont célébrées, par deux sectes ansariennes, les <em>Chemelié</em> et les <em>Clésié </em>; les autres sectes ne célèbrent que la solennité de Noël.</p>
<p>[…] Les Ansariens Kadmousié, ceux qui rendent à la femme un culte particulier, ont une étrange et odieuse cérémonie qui prouve jusqu&rsquo;à quelles aberrations l&rsquo;esprit de l&rsquo;homme peut descendre. Durant la nuit du premier jour de l&rsquo;an, les hommes de chaque village s&rsquo;enferment dans une maison et murmurent dévotement une prière à la lueur de quelques flambeaux ; quand la prière est achevée, on éteint les flambeaux, et la porte s&rsquo;ouvre pour laisser entrer confusément les femmes et les jeunes filles du village. Au milieu des ténèbres, chaque homme se saisit de la première femme que le hasard lui donne, et dans cet affreux désordre, peut-être arrive-t-il que le frère rencontre la sœur, et le fils la mère. Cette fête si révoltante se nomme <em>boc-bèche</em> (fête d&#8217;empoignement).</p>
<p>[…] Les doctrines des Ansariens sont un mélange informe de toutes les doctrines d&rsquo;Orient ; chacune des pages qui composent leur évangile est empruntée à des évangiles divers, et toutes ces pages sont souillées ou défigurées. Parmi les peuples orientaux, il en est qui ne sont plus aujourd&rsquo;hui que des ruines, et la croyance à leur résurrection politique ne serait qu&rsquo;un rêve. Il en est d&rsquo;autres qui n&rsquo;ont point encore vécu de la vie des nations, et qui se sont arrêtés dans la grossière ignorance d&rsquo;une enfance de plusieurs siècles : de ce nombre sont les Ansariens; qui nous dira leur future destinée? Leur existence ne sera-t-elle jamais meilleure ? L&rsquo;avenir ne leur réserve-t-il aucune lumière ? Y a-t-il des peuples condamnés à ne point connaître la vérité, semblables à ces nations hyperboréennes, dont nous parlent les poètes, qui ne verront jamais le soleil ?</p>
<h5><strong>Commentaire</strong></h5>
<p>Poujoulat (1808-1880), historien, journaliste et homme politique français, fut employé en 1828 par Joseph-François Michaud à la rédaction de la Bibliothèque des Croisades. En 1830, il l’accompagna lors de son voyage en Grèce et en Palestine mais rentra seul par la Syrie. C’est de cette visite qu’il tira l’article dont est tiré l’extrait choisi. Il y colporte les informations mensongères ou déformées que lui ont transmis, comme à d’autres voyageurs occidentaux, des Syriens de confession chrétienne ou musulmane le plus souvent mal informés ou malintentionnés.</p>
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		<title>La fatwa d&#8217;Ibn Taymiyya sur les Alaouites</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Bruno Paoli]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 20 May 2022 12:18:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Islam pluriel]]></category>
		<category><![CDATA[Texte à l'appui]]></category>
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		<category><![CDATA[Islamisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Source : extrait de Stanislas Guyard, &#xAB; La fetwa d&#x2019;Ibn Taimiyyah sur les Nosair&#xEE;s&#xA0;&#xBB;, Journal Asiatique, 1871, 6e s&#xE9;rie, t. XVIII, p. 158-198. Les docteurs de l&#x2019;Islam sont tous d&#x2019;accord sur ces points&#xA0;: 1&#xB0; Qu&#x2019;il est illicite de contracter le mariage avec de telles gens, et qu&#x2019;un homme ne peut ni cohabiter [avoir une relation [&#x2026;]</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Source : extrait de Stanislas Guyard, « La <em>fetwa</em> d&rsquo;Ibn Taimiyyah sur les Nosairîs », <em>Journal Asiatique</em>, 1871, 6e série, t. XVIII, p. 158-198.</strong></p>
<p>Les docteurs de l’Islam sont tous d’accord sur ces points :</p>
<p>1° Qu’il est illicite de contracter le mariage avec de telles gens, et qu’un homme ne peut ni cohabiter [avoir une relation sexuelle] avec son esclave, si elle est nosairi, ni prendre femme parmi eux ;</p>
<p>2° Que les animaux tués par eux sont impurs ; […]</p>
<p>5° Il n’est pas licite d’enterrer les Nosairis dans les cimetières musulmans, ni de réciter les prières sur leurs corps. Dieu a défendu à son Prophète de prier sur le corps des hypocrites tels qu’Abd allah ben Obay et ses pareils, qui feignaient de pratiquer la prière, l’aumône, le jeûne et la guerre sainte en compagnie des musulmans, n’émettaient jamais d’opinions contraires à la religion musulmane, mais ne les professaient pas moins en secret. Dieu très-haut a dit : « Ne prie jamais sur aucun d’eux quand ils mourront ; ne te tiens jamais sur leur tombe » (Coran, IX, 86). Combien à plus forte raison ne doit-on pas agir de même à l’égard de ceux qui, outre le zendiqisme et l’hypocrisie, laissent encore paraître l’incrédulité et l’hétérodoxie !</p>
<p>6° Quant à les employer sur les frontières des musulmans, dans leurs forteresses et à l’armée, c’est une énormité semblable à celle qu’on commettrait en se servant des loups pour garder les moutons. Car ces gens sont les plus traîtres des hommes à l’égard des musulmans et de leurs chefs, les plus acharnés à la subversion de la religion et de l’État, les plus empressés à livrer les forteresses à nos ennemis. Il est donc du devoir de nos préfets de les rayer des contrôles de l’armée et de ne pas plus s’en servir pour combattre que pour toute autre fonction […].</p>
<p>8° Leur sang et leurs biens sont déclarés licites. Les docteurs [de la Loi] se partagent sur la question de savoir si l’on doit les admettre à résipiscence quand ils manifestent le repentir. Ceux qui agréent leur conversion exigent en échange l’abandon de leurs biens aussitôt qu’ils ont adopté la loi de l’Islam. Ceux qui la rejettent, ainsi que la possibilité pour eux d’hériter de leurs proches, déclarent que la confiscation de leurs biens est une restitution au trésor public. Car, disent-ils, ces Nosairis, lorsqu’on les admet [à résipiscence], feignent l’ignorance auprès des ennemis de leur secte et cachent ce qui les concerne ; d’ailleurs il y en a parmi eux qui ne connaissent pas bien leur religion. La marche à suivre en ceci est de les surveiller avec vigilance, de leur interdire les réunions et le port des armes, et quand ils prennent part au combat et observent les pratiques musulmanes telles que les cinq prières et la lecture du Koran, de laisser parmi eux quelqu’un pour leur enseigner la religion musulmane et de s’interposer entre eux et leurs instructeurs. […]</p>
<p>10° Il n’y a donc nul doute que la guerre sainte et les mesures rigoureuses contre ces [Nosairis] ne soient au nombre des actions les plus agréables à Dieu et des devoirs les plus sacrés. […]</p>
<p>11° Il n’est licite à personne de cacher ce qu’il sait de leurs affaires ; au contraire, on doit dévoiler et divulguer leurs secrets, afin que les musulmans soient instruits de la vérité. Personne ne doit les aider à rester à l’armée ou dans une fonction quelconque. Personne ne doit s’opposer à ce qu’on les persécute, d’après les prescriptions suivantes de Dieu et de son Prophète, qui comptent parmi les articles les plus importants sur le devoir d’exciter au bien, de détourner du mal et de combattre dans la voie de Dieu [suivent quelques versets du Coran appelant à combattre les infidèles et les hypocrites, notamment les versets 19-22 et 74 de la sourate IX].</p>
<h5><strong>Commentaire</strong></h5>
<p><a href="https://comprendrelislam.fr/islam-et-violence/le-jihad-dans-loeuvre-dibn-taymiyya-mort-en-1328/">Taqî al-Dîn Ahmad ibn Taymiyya</a> (1263-1328), théologien et jurisconsulte hanbalite, est connu pour son intransigeance et sa vision rigoriste de l’islam. À ce titre, ses écrits ont une influence considérable sur les mouvements fondamentalistes de l’islam contemporain. En particulier, la fatwa qu’il prononça au sujet des nousayris fait encore référence aujourd’hui au sein des mouvements islamistes radicaux et djihadistes afin de justifier la guerre sainte contre les alaouites, considérés comme des hérétiques.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Une lettre des Alaouites à Léon Blum en 1936</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Bruno Paoli]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 20 May 2022 11:08:09 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Islam pluriel]]></category>
		<category><![CDATA[Texte à l'appui]]></category>
		<category><![CDATA[Alaouites]]></category>
		<category><![CDATA[Chiisme]]></category>
		<category><![CDATA[Mandat français en Syrie]]></category>
		<category><![CDATA[Syrie]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Source : lettre adress&#xE9;e &#xE0; L&#xE9;on Blum par des notables alaouites en mai 1936 Cher M. L&#xE9;on Blum, Pr&#xE9;sident du Conseil de la France, &#xC0; la lumi&#xE8;re des n&#xE9;gociations en cours entre la France et la Syrie, nous &#x2014; les dirigeants alaouites de Syrie &#x2014; attirons respectueusement votre attention et celle de votre parti (les [&#x2026;]</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Source : lettre adressée à Léon Blum par des notables alaouites en mai 1936</strong></p>
<p>Cher M. Léon Blum, Président du Conseil de la France,</p>
<p>À la lumière des négociations en cours entre la France et la Syrie, nous — les dirigeants alaouites de Syrie — attirons respectueusement votre attention et celle de votre parti (les Socialistes) sur les points suivants :</p>
<p>1. La nation Alaouite qui a maintenu son indépendance pendant des années avec beaucoup de zèle et au prix de beaucoup de victimes, est une nation qui diffère des nations musulmanes sunnites par ses croyances religieuses, par ses coutumes et par son histoire. La nation Alaouite n’a jamais été soumise aux lois de ceux qui gouvernent les villes à l’intérieur du territoire.</p>
<p>2. La nation Alaouite refuse d’être annexée à la Syrie musulmane, parce que la religion islamique y est déclarée comme la religion officielle du pays, et que la religion islamique considère la nation Alaouite comme hérétique. Par conséquent nous vous demandons de considérer le destin tragique et terrible qui attend les Alaouites s’ils sont annexés de force à la Syrie, quand elle sera libérée de la surveillance du mandat et qu’elle aura le pouvoir d’établir des lois qui découlent de sa religion.</p>
<p>3. Accorder l’indépendance à la Syrie et abandonner le mandat serait un bon exemple des principes socialistes en Syrie, mais l’indépendance complète signifie que quelques familles musulmanes auront le contrôle de la nation Alaouite en Cilicie, en Alexandrette et dans le massif d’Ansariyeh. Même le fait d’avoir un parlement et un gouvernement constitutionnel ne garantira pas les libertés individuelles. Ce contrôle parlementaire, manquant de valeurs réelles, n’est qu’une façade et en vérité il sera contrôlé par le fanatisme religieux qui ciblera les minorités. Les dirigeants de France veulent-ils que les musulmans contrôlent la nation alaouite et qu’ils la plongent dans les affres de la misère ?</p>
<p>4. Le fanatisme et l’étroitesse d’esprit, dont les racines sont profondément ancrées au cœur des Arabes musulmans à l’encontre de tous ceux qui ne sont pas musulmans, est la mentalité qui nourrit perpétuellement la religion islamique, aussi n’y a-t-il aucun espoir que la situation change. Si le mandat est abandonné, le danger de mort et la destruction menaceront les minorités en Syrie, même si l’abandon [du mandat] décrète la liberté de pensée et la liberté confessionnelle. Pourquoi, même aujourd’hui nous pouvons voir comment les habitants musulmans de Damas obligent les Juifs vivant sous leur égide à signer un document dans lequel il leur est interdit d’envoyer de la nourriture à leurs frères juifs qui subissent un désastre en Palestine, la situation des Juifs de Palestine étant la preuve la plus flagrante et la plus concrète de l’importance du problème religieux parmi les Arabes musulmans contre quiconque n’appartient pas à l’Islam. Ces bons Juifs ont apporté la civilisation et la paix aux Arabes musulmans et ont propagé la richesse et la prospérité en terre de Palestine, ils n’ont fait de mal à personne et ils n’ont rien pris de force. Pourtant, les musulmans leur ont déclaré une guerre sainte et n’ont pas hésité à massacrer leurs femmes et leurs enfants en dépit du fait que l’Angleterre est en Palestine et que la France est en Syrie. Un avenir noir attend donc les Juifs et les autres minorités si le mandat est abandonné et que la Syrie musulmane s’unit à la Palestine musulmane. Cette unification est le but ultime des Arabes musulmans.</p>
<p>5. Nous apprécions la bonté d’âme dont vous faites preuve en défendant la population syrienne et nous comprenons votre désir de la rendre indépendante, mais la Syrie est à l’heure actuelle loin du noble but que vous avez fixé pour elle, car elle est encore emprisonnée dans un esprit de féodalisme religieux. Nous ne pensons pas que le gouvernement français et le parti socialiste français seront d’accord pour l’indépendance des Syriens, car sa mise en œuvre causerait l’asservissement de la nation Alaouite et exposerait la minorité Alaouite au danger de mort et de destruction.</p>
<p>Nous ne pouvons pas imaginer que vous accéderez à la demande des Syriens (nationalistes) d’annexer la nation alaouite à la Syrie, parce que vos principes sacrés — s’ils soutiennent l’idée de liberté — ne pourront tolérer une situation dans laquelle une nation (les musulmans) entraverait la liberté d’une autre (les alaouites) en l’annexant de force.</p>
<p>6. Vous jugez peut-être bon de garantir les droits des Alaouites et des autres minorités par les termes du traité (le traité franco-syrien qui définit les relations entre les États), mais nous soulignons que les contrats n’ont aucune valeur dans la mentalité islamique syrienne. Nous avons vu cela par le passé, avec le pacte que l’Angleterre a signé avec l’Irak et qui interdisait aux Irakiens de massacrer les Assyriens et les Yazidis.</p>
<p>La nation Alaouite que nous, soussignés, représentons, implore le gouvernement français et le parti socialiste français et leur demande d’assurer la liberté et l’indépendance de notre nation à l’intérieur de ses petites frontières. La nation alaouite confie son bien-être aux mains des dirigeants socialistes français, elle est sûre qu’elle trouvera un soutien fort et indéfectible en tant que nation amie et loyale, ayant rendu de grands services à la France, et qui est aujourd’hui menacée de mort et de destruction.</p>
<p>(signé par) Aziz Agha al-Hawash, Mahmoud Agha Jadid, Mahmoud Bek Jadid, Souleiman Assad, Souleiman al-Mourshid, Mahmoud Souleiman al-Ahmad.</p>
<h5><strong>Commentaire</strong></h5>
<p>Dans cette lettre, signée entre autres par Sulayman al-Ahmad, Sulayman Mourchid et Sulayman al-Assad, arrière-grand-père de Bachar al-Assad, l’actuel président de la Syrie, un groupe de notables alaouites demande à Léon Blum, alors président du Conseil, de préserver l’indépendance de l’État alaouite et de ne pas céder à la pression des nationalistes syriens en le rattachant au futur État syrien, avec pour principal argument le danger qui pèserait sur les alaouites s’ils étaient placés sous la domination de la majorité sunnite qui les a toujours considérés comme des hérétiques.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Un texte inédit sur la diffusion de la doctrine alaouite en Syrie</title>
		<link>https://comprendrelislam.fr/non-classe/un-texte-inedit-sur-la-diffusion-de-la-doctrine-alaouite-en-syrie/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=un-texte-inedit-sur-la-diffusion-de-la-doctrine-alaouite-en-syrie</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bruno Paoli]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 20 May 2022 10:39:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Article sans catégorie]]></category>
		<category><![CDATA[Islam pluriel]]></category>
		<category><![CDATA[Texte à l'appui]]></category>
		<category><![CDATA[Alaouites]]></category>
		<category><![CDATA[Bouyides]]></category>
		<category><![CDATA[Chiisme]]></category>
		<category><![CDATA[Initiation religieuse]]></category>
		<category><![CDATA[Minorités musulmanes]]></category>
		<category><![CDATA[Syrie médiévale]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Source : extraits du Kit&#xE2;b khayr al-san&#xEE;&#x2019;a f&#xEE; mukhtasar t&#xE2;r&#xEE;kh ghul&#xE2;t al-ch&#xEE;&#x2019;a du cheikh &#x1E24;usayn Mayh&#xFB;b Harf&#xFB;sh, manuscrit in&#xE9;dit dont une copie est conserv&#xE9;e dans la biblioth&#xE8;que de l&#x2019;Institut fran&#xE7;ais du Proche-Orient &#xE0; Damas, trad. B. Paoli. Connaissance des disciples (awl&#xE2;d) du Sayyid Ab&#xFB; Abd All&#xE2;h al-&#x1E24;usayn ibn Hamdan al-Khas&#xEE;b&#xEE; Le premier : R&#xE2;s B&#xE2;ch [&#x2026;]</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Source : extraits du <em>Kitâb khayr al-sanî’a fî mukhtasar târîkh ghulât al-chî’a </em>du cheikh Ḥusayn Mayhûb Harfûsh, manuscrit inédit dont une copie est conservée dans la bibliothèque de l’Institut français du Proche-Orient à Damas, trad. B. Paoli.<br />
</strong></p>
<p>Connaissance des disciples (<em>awlâd</em>) du Sayyid Abû Abd Allâh al-Ḥusayn ibn Hamdan al-Khasîbî</p>
<p>Le premier : Râs Bâch al-Daylâmî. D’origine irakienne, il fut initié à Bagdad après avoir assisté à un miracle d’al-Khasîbî. Un jour, ce dernier monta un chameau et, au moment où celui-ci voulait pénétrer une ruelle dont la porte était étroite, celle-ci s’agrandit afin de laisser passer l’animal. Seul Râs Bâch fut témoin de ce miracle, car il lui avait été demandé de faire le tour des rues et des commerces de Bagdad avec lui. Lorsqu’il vit ce miracle de ses propres yeux, il le fit descendre de chameau, lui baisa la main et se mit à son service. Par la suite, al-Khasîbî lui transmit son enseignement et composa une épitre à son nom, la <em>Risala râstbâchiyya</em>. Par la suite, [Râs Bâch] mémorisa le Coran et effectua le pèlerinage à la Mecque et à Jérusalem.</p>
<p>Le deuxième : Abû al-Hasan al-Bishrî. D’origine syrienne, il initia [aux principes de la doctrine] le prince Ala al-Dîn, gouverneur de Takrit, ainsi qu’une dizaine de villages [des environs] d’Alep. Que Dieu le sanctifie.</p>
<p>Le troisième : Yunûs al-Badî’î. D’origine syrienne, il composa des commentaires ésotérique et exotérique du Coran. Il emporta deux livres en Égypte : le <em>Kitâb al-Kâfi bi-l-jawab al-shafi</em>, et le <em>Kitâb al-mithal wa-l-sûra</em>. Tous deux sont attribués au Sayyid Abû Shu’ayb [Ibn Nusayr]. Personne ne connaissait l’existence de ces deux ouvrages en Égypte, de sorte que les croyants ne pouvaient les emprunter sans laisser en gage l’équivalent de leurs poids en or. Il initia huit personnes dans la mosquée [Ibn] Tulûn et entreprit, à sa charge, le pèlerinage avec eux. Il décéda à Alep à l’âge de soixante ans. Que Dieu le sanctifie.</p>
<p>Le septième : Abû al-Layth al-Kattânî al-Halabî al-Shâmî. Il était établi à Sarmin où il filait le lin pour le vendre. Il mémorisa le Coran sous la direction de son père […] et initia huit [personnes]. Il partit avec eux à la Mecque où ils séjournèrent un an puis ils se mirent en route vers la montagne à l’ouest de Hamah où ils s’installèrent et où tous lui succédèrent, publiquement et secrètement. Que Dieu Le Très-Haut les sanctifie.</p>
<p>Le treizième : Abû Hamza al-Kattân, syrien nomade chiite. C’était un homme courageux, qui aimait à polémiquer avec les adeptes d’autres sectes. Il mémorisa le Coran et ses sept lectures, étudia la grammaire et effectua le pèlerinage. En outre, il initia six personnes à l’âge de cinquante-cinq ans. Il décéda à Homs. Que Dieu sanctifie son âme.</p>
<p>Le vingt-troisième : Yazîd ibn Shu’ba al-Harrânî. Il est l’auteur du <em>Kitâb haqa’iq asrâr al-dîn </em>(<em>Le livre des significations des mystères de la religion</em>) et d’autres encore. Il était suivi par plusieurs disciples car c’était une personne savante, bienveillante et bienfaisante. Lors de son voyage vers la Mecque, des pèlerins se joignirent à lui et l’accompagnèrent jusqu’à son île. Alors qu’ils étaient en pleine mer, ils se trouvèrent face à un poisson-lune de la taille d’un chameau. Alors que tous les passagers à bord étaient morts de peur, Abû Muhammad [Yazîd ibn Shu’ba] prit une feuille sur laquelle il écrivit trois lettres et qu’il déposa dans un creuset à cire avant de la jeter dans la direction du poisson qui fuit sur-le-champ. […] Dès leur arrivée sur l’île, Yazîd initia aux mystères de la Loi divine ses compagnons, ainsi qu’un groupe d’hommes originaires des montagnes du Yémen. Puis il se rendit en Syrie (<em>al-Shâm</em>) et mourut à Hama. Plusieurs livres qui lui sont attribués sont préservés dans les montagnes.</p>
<p>Le vingt-cinquième : Abû al-Qâsim al-Abbâs al-Shâmî. Il était apprécié parmi les Gens du Livre. Il incita dix moines à se convertir à l’islam, ainsi quatre savants juifs. Il entreprit un pèlerinage en leur compagnie à la Mecque. Ils visitèrent Jérusalem et Hébron et, en chemin, il les initia aux mystères de la divinité. Il décéda en Palestine à l’âge de soixante-dix-sept ans. Que Dieu le sanctifie.</p>
<p>Le trente-septième : Charbabak al-A’jamî. Il apprit le <a href="https://comprendrelislam.fr/islam-pluriel/une-synthese-de-la-doctrine-alaouite/"><em>Dastûr</em></a> mais l’oublia par la suite. Il eut peine à le supporter, de même que ses amis qui le réprimandèrent, de sorte qu’il se mit à boire d’une « boisson pure » jusqu’à en mourir. Il décéda à Hamadan à l’âge de trente ans.</p>
<h5><strong>Commentaire</strong></h5>
<p>Al-Khasîbî, leader de la communauté nousayrie au milieu du Xe siècle eut, dit-on, cinquante-et-un disciples. Le <em>Kitâb khayr al-sanî’a</em> consacre à chacun une courte notice. Celles qui ont été sélectionnées ci-dessous contiennent un certain nombre d’informations importantes. Tout d’abord, elles témoignent de la diffusion de la doctrine, non seulement en Syrie, mais aussi en Irak (Bagdad, Takrit), en Palestine, en Égypte et en Iran (Hamadan). Elles illustrent ensuite le prosélytisme actif de ses adeptes, qui convertirent et initièrent des chrétiens et des juifs, mais aussi des hommes de pouvoir, comme l’émir bouyide Râs Bâch al-Daylâmî ou ce Ala al-Dîn, gouverneur de Takrit. Enfin, elles attestent de ce que, très tôt déjà, les nousayris avaient commencé à s’établir dans l’ouest de la Syrie actuelle et dans les montagnes qui, depuis le Moyen Âge, constituent leur sanctuaire contre l’oppression des gouvernants sunnites.</p>
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		<title>La répression de la révolte alaouite de 1316</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Bruno Paoli]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 20 May 2022 09:52:57 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Islam pluriel]]></category>
		<category><![CDATA[Texte à l'appui]]></category>
		<category><![CDATA[Alaouites]]></category>
		<category><![CDATA[Chiisme]]></category>
		<category><![CDATA[Mamlouks]]></category>
		<category><![CDATA[Minorités musulmanes]]></category>
		<category><![CDATA[Syrie médiévale]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Source : Ibn Batt&#xFB;ta (mort en 1368), Voyages et p&#xE9;riples, dans Charles-Dominique Paule, Voyageurs arabes, La Pl&#xE9;iade, 1995, p.&#xA0;439-440. La plupart des habitants de cette r&#xE9;gion, dit-il, appartiennent &#xE0; la secte des nu&#x1E63;ayr&#x12B;s, qui croient qu&#x2019;Al&#xEE; ibn Ab&#xEE; T&#xE2;lib est un dieu ; ils ne prient, ni ne sont circoncis, ni ne je&#xFB;nent. Le roi [&#x2026;]</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Source : I</strong><strong>bn Battûta (mort en 1368), <em>Voyages et </em>périples, dans Charles-Dominique Paule, <em>Voyageurs arabes</em>, La Pléiade, 1995, p. 439-440.</strong></p>
<p>La plupart des habitants de cette région, dit-il, appartiennent à la secte des <em>nuṣayrīs</em>, qui croient qu&rsquo;Alî ibn Abî Tâlib est un dieu ; ils ne prient, ni ne sont circoncis, ni ne jeûnent. Le roi al-Zâhir [Baybars] les avait obligés à construire des mosquées dans leurs villages. Ils ont donc édifié une mosquée dans chaque village, mais loin des habitations ; cependant ils n&rsquo;y pénètrent pas, ni ne les fréquentent. Souvent leurs troupeaux et leurs bêtes de somme y logent. Parfois, lorsqu&rsquo;un étranger vient chez eux, il fait halte dans la mosquée et appelle à la prière. Ces gens lui disent : »Ne brais pas comme un âne, on va t&rsquo;apporter ton fourrage ! » Les nuṣayris sont nombreux. On m&rsquo;a raconté qu&rsquo;un inconnu arriva dans le pays des nuṣayris et dit être le Mahdî ; les gens accoururent et cet homme leur promit qu&rsquo;ils deviendraient maîtres du pays ; il partagea donc entre eux la Syrie et désigna la part qui revenait à chacun, puis leur ordonna de se rendre [chacun] dans son royaume. Il leur remettait des feuilles d&rsquo;olivier et leur disait : « Exhibez-les, car elles sont des sortes d&rsquo;ordres qui vous confèrent la propriété de ce pays. » Lorsque l&rsquo;un de ces nuṣayris allait dans la région qui lui avait été attribuée, l&rsquo;émir le faisait comparaître. Le Nusayri lui disait : « L&rsquo;imâm mahdî m&rsquo;a donné ce pays. &#8211; Où est ton ordre ? » Alors le Nusayri exhibait les feuilles d&rsquo;olivier. On le battait et on l&#8217;emprisonnait. Ensuite, cet individu leur ordonna de se préparer à combattre les musulmans, en commençant par attaquer la ville de Jabala. Il leur prescrivit de prendre, en guise de sabres, des baguettes de myrte et leur promit qu&rsquo;elles se muraient en sabres lorsqu&rsquo;ils combattraient. Ils arrivèrent par surprise dans la ville de Jabala tandis que les habitants célébraient la prière du vendredi. Alors ils entrèrent dans les maisons et violèrent les femmes. Les fidèles se ruèrent hors de la mosquée, prirent leurs armes et les massacrèrent comme ils le voulurent. La nouvelle parvint à Lattaquié et l&rsquo;émir Bahâdûr Abd Allâh arriva avec ses troupes. On lâcha des pigeons-voyageurs vers Tripoli et l&rsquo;émir des émirs survint aussi avec son armée. On poursuivit les nuṣayris et on en tua environ vingt mille. Les survivants se retranchèrent dans les montagnes et envoyèrent un message au prince des émirs pour l&rsquo;informer qu&rsquo;ils s&rsquo;engageaient à verser un dinar par tête si le prince voulait bien les épargner. Mais la nouvelle de ces incidents avait été communiquée par pigeons voyageurs à al-Malik al-Nâsir [sultan mamlouk de 1285 à 1341] qui répondit de les passer par le fil de l&rsquo;épée. Le prince des émirs tâcha de faire revenir le roi sur sa décision, en lui faisant valoir que les nuṣayris étaient ouvriers laboureurs au compte des musulmans et que, donc, si on les supprimait, les musulmans en seraient affaiblis. Alors le roi ordonna de les épargner.</p>
<h5><strong>Commentaire</strong></h5>
<p>Le voyageur Ibn Battûta (1304-1377), que l&rsquo;on surnomme parfois le « Marco Polo arabe » en raison de l&rsquo;étendue exceptionnelle de son périple à travers le monde musulman médiéval et ses confins, visite la Syrie vers 1326 avant de se rendre en pèlerinage à La Mecque. A cette époque, la région est contrôlée par les Mamlouks d&rsquo;Egypte et leur sert de glacis défensif face à la menace des Ilkhanides, la dynastie mongole qui contrôle l&rsquo;Irak et le monde iranien. La révolte des paysans alaouites est donc perçue comme un danger intérieur par les gouverneurs au service des Mamlouks, qui partagent par ailleurs avec Ibn Battûta un fort sentiment anti-chiite. Ibn Battûṭa  est le seul voyageur arabe médiéval à faire mention des Nousayris, sans que l’on puisse savoir avec certitude s’il a réellement parcouru la montagne. En effet, les informations qu’il rapporte restent très générales et le seul événement précis qu’il évoque, la révolte de 1316, est par ailleurs bien documenté par les historiens arabes. Quoi qu’il en soit, Ibn Battûta décrit la région après qu&rsquo;elle eut été partiellement pacifiée par les sultans mamlouks. Ce passage contient un certain nombre d&rsquo;informations importantes. Les Nousayris apparaissent comme une population rurale, paysanne, soumise à un régime féodal. Les villes sont sunnites tandis que les campagnes sont alaouites. Mais la terre ne leur appartient pas, et s&rsquo;ils la travaillent, c&rsquo;est pour le compte de propriétaires terriens sunnites. Cet état de choses peut expliquer des révoltes sporadiques, qu&rsquo;elles soient ou non attisées par un prédicateur ou un prétendu prophète. Surtout, il atteste sans ambiguïté de la présence en nombre, majoritaire, des Nousayris dans la région au milieu du XIVe siècle, et même avant puisque l&rsquo;émir Baybars, qui régna de 1259 à 1278, y mena une campagne de pacification et y fit construire, dit-on, des mosquées. C’est donc bien entre la fin du Xe siècle et le milieu du XIIIe que s’est opéré l’essentiel du regroupement dans les montagnes côtières, dont le milieu naturel constituait une bonne protection contre la répression du pouvoir central.</p>
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		<title>Une synthèse de la doctrine alaouite</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Bruno Paoli]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 19 May 2022 15:36:52 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Islam pluriel]]></category>
		<category><![CDATA[Texte à l'appui]]></category>
		<category><![CDATA[Alaouites]]></category>
		<category><![CDATA[Chiisme]]></category>
		<category><![CDATA[Initiation religieuse]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature alaouite]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Source : premi&#xE8;re page du carnet dans lequel un jeune initi&#xE9; a recopi&#xE9; sous la dict&#xE9;e du cheikh le Kit&#xE2;b al-dast&#xFB;r, ouvrage dont la m&#xE9;morisation constitue la premi&#xE8;re &#xE9;tape de l&#x2019;initiation &#xE0; la doctrine alaouite. Commentaire &#xC9;galement appel&#xE9; Kit&#xE2;b al-majm&#xFB;, il est form&#xE9; de seize courts chapitres, appel&#xE9;s sourates, qui font la synth&#xE8;se de la [&#x2026;]</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Source : première page du carnet dans lequel un jeune initié a recopié sous la dictée du cheikh le <em>Kitâb al-dastûr</em>, ouvrage dont la mémorisation constitue la première étape de l’initiation à la doctrine alaouite.</strong></p>
<div id="attachment_83524" style="width: 1034px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-83524" class="wp-image-83524 size-large" src="https://comprendrelislam.fr/wp-content/uploads/2022/05/Kitab-al-Dastur-1024x694.jpg" alt="Le Kitab al-Dastûr constitue la base de l'apprentissage de la doctrine alaouite" width="1024" height="694" srcset="https://comprendrelislam.fr/wp-content/uploads/2022/05/Kitab-al-Dastur-980x664.jpg 980w, https://comprendrelislam.fr/wp-content/uploads/2022/05/Kitab-al-Dastur-480x325.jpg 480w" sizes="(min-width: 0px) and (max-width: 480px) 480px, (min-width: 481px) and (max-width: 980px) 980px, (min-width: 981px) 1024px, 100vw" /><p id="caption-attachment-83524" class="wp-caption-text">Première page du Kitab al-Dastûr (collection personnelle B. Paoli)</p></div>
<h5><strong>Commentaire<br />
</strong></h5>
<p>Également appelé <em>Kitâb al-majmû</em>, il est formé de seize courts chapitres, appelés sourates, qui font la synthèse de la doctrine alaouite. Cet ouvrage est transmis au fidèle lors de son initiation. Nous ne possédons aucun renseignement sur sa composition et sur son auteur. La tradition dit que les textes qu’il contient sont la parole et les commandements d’Ali que le Prophète Mahomet aurait remis aux douze <em>naqib</em>, cités dans la seizième sourate, et à vingt-quatre <em>najib</em> la nuit d&rsquo;al-Aqaba dans le Ouadi Mina, près de la Mecque. En réalité, le fait qu’y soient mentionnés al-Khasibi, leader de la communauté au Xe siècle, et deux de ses successeurs, al-Jilli et al-Tabarani, incite plutôt à croire qu’il s’agit d’un ouvrage plus tardif, composé au plus tôt au milieu du Xe siècle, sinon plus tard.</p>
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		<title>La transmigration des âmes expliquée par l&#8217;imam Ja&#8217;far</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Bruno Paoli]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 19 May 2022 14:07:55 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Islam pluriel]]></category>
		<category><![CDATA[Texte à l'appui]]></category>
		<category><![CDATA[Alaouites]]></category>
		<category><![CDATA[Chiisme]]></category>
		<category><![CDATA[Esotérisme musulman]]></category>
		<category><![CDATA[Syrie]]></category>
		<category><![CDATA[Transmigration des âmes]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Source : extrait du Kitab al-sir&#xE2;t attribu&#xE9; &#xE0; al-Mufaddal ibn &#x2018;Umar al-Ju&#x2019;fi, &#xE9;d. Al-Munsaf ibn &#x2018;Abd al-Jal&#xEE;l, Beyrouth, D&#xE2;r al-mad&#xE2;r al-isl&#xE2;mi, 2004, p. 157, trad. B. Paoli. [Ja&#x2019;far al-S&#xE2;diq dit&#xA0;:] &#xAB;&#xA0;Sache, Mufaddal, qu&#x2019;il existe des rangs et des degr&#xE9;s [de connaissance des myst&#xE8;res de la divinit&#xE9;] et que deux &#xEA;tres ne sont jamais &#xE9;gaux quant [&#x2026;]</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Source : extrait du <em>Kitab al-sirât</em> attribué à al-Mufaddal ibn ‘Umar al-Ju’fi, éd. </strong><strong>Al-Munsaf ibn ‘Abd al-Jalîl, Beyrouth, Dâr al-madâr al-islâmi, 2004, p. 157, trad. B. Paoli.<br />
</strong></p>
<p>[Ja’far al-Sâdiq dit :] « Sache, Mufaddal, qu’il existe des rangs et des degrés [de connaissance des mystères de la divinité] et que deux êtres ne sont jamais égaux quant au degré de connaissance : à chaque être son degré, son rang et son statut en matière de connaissance. Les corps dans lesquels ils transmigrent (<em>yunqalûna</em>) sont donc eux aussi différents et les vêtements qu’ils revêtent sont autres que ceux dont ils se défont. Ainsi, Mufaddal, une personne ne cesse de demeurer dans ce nouveau rang qui est son vêtement et son corps. Et lorsqu&rsquo;il s’élève à un rang supérieur à celui dans lequel il est, il revêt un vêtement plus exquis, plus pur et meilleur que celui qu&rsquo;il a enlevé, selon le rang auquel il a accédé. Mais s&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une personne qui a transgressé, péché, douté, soupçonné, erré et s&rsquo;est trouvée perplexe, il est impératif qu&rsquo;elle soit rétrogradée de ce rang et dépouillée de son vêtement pour revêtir un vêtement sombre et inférieur à celui qu&rsquo;il a enlevé. »</p>
<h5><strong>Commentaire</strong></h5>
<p>Dans ce court extrait, l’imam Ja’far explique à al-Mufaddal le principe de la transmigration des âmes. Al-Mufaddal ibn Umar al-Ju’fi, mort vers 796, fut chargé par Ja‘far al-Sâdiq (sixième imam chiite, mort en 765) de guider la communauté des <em>ghulât</em>. Il devint plus tard un agent de confiance du septième imam, Musa ibn Ja‘far (148-182/765-799), du vivant duquel il mourut. Dans la tradition nousayrie, il est le huitième <em>bâb</em>. Il est accepté comme le transmetteur d’un certain nombre d’ouvrages dans lesquels il recueille les enseignements attribués à l’imam Ja‘far. Il est donc un auteur « proto-nousayri ». Son statut et son œuvre témoignent de ce que les nousayris-alaouites sont bien les derniers des <em>ghulât</em>, dont ils perpétuent l’héritage jusqu’à aujourd’hui.</p>
<p>L’ouvrage dont est tiré ce court extrait est une interprétation ésotérique du <em>sirât</em>, le pont qui sépare le paradis de l’enfer, dont les sept arches sont vues comme sept obstacles sur le chemin du croyant vers le paradis, un paradis gnostique conçu comme la connaissance vraie du mystère de la divinité. Le <em>sirât</em> est donc la voie droite qui conduit au septième ciel où l’on contemplera la divinité dans tout son éclat.</p>
<p><em> </em></p>
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