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	<title>Compagnons du Prophète | Comprendre l&#039;Islam</title>
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	<title>Compagnons du Prophète | Comprendre l&#039;Islam</title>
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		<title>Les califes « bien guidés » et la Grande discorde</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Enki Baptiste]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 20 May 2021 15:11:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Découvrir]]></category>
		<category><![CDATA[Religion et politique]]></category>
		<category><![CDATA[Califat]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En juin 632, lorsque le proph&#xE8;te Muhammad meurt &#xE0; M&#xE9;dine, la communaut&#xE9; des croyants fait face &#xE0; une probl&#xE9;matique inattendue : comment assurer la continuit&#xE9; du pouvoir ? </p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="Base" style="text-align: justify; line-height: 115%;">En juin 632, lorsque le prophète Muhammad meurt à Médine, la communauté des croyants fait face à une problématique inattendue : comment assurer la continuité du pouvoir ? Si une telle question se pose, c’est que la révélation du message divin s’est accompagnée de la formation d’un premier État islamique dont le centre de gravité se situe dans la chaîne montagneuse du Hijâz, en Arabie occidentale, autour des villes de Médine, La Mecque et Tâ’if. Pour les Compagnons (<i>sahâba</i>), la priorité est de préserver ces premiers acquis politiques, sociaux et religieux, de consolider l’emprise du pouvoir médinois sur l’ensemble de l’Arabie et d’assurer la survivance de la prédication prophétique. Or, rien dans le Coran, qui était encore loin d’être constitué en livre, ni dans les dits du prophète (<i>hadîth</i>, pl. <i>ahâdîth</i>) n’indiquait la voie à suivre.</p>
<p class="Base" style="text-align: justify; line-height: 115%;">Dans la confusion qui suit la mort de Muhammad, un groupe de <i>ansâr</i> (littéralement, les auxiliaires, les Médinois ayant aidé le prophète après son émigration depuis La Mecque) se réunit pour nommer un chef en charge de la communauté. Ce faisant, ces hommes excluent du processus de désignation du nouveau souverain les Compagnons mecquois de Muhammad, les <i>muhâjirûn</i>. Nombre d’entre eux étaient par ailleurs des membres de l’aristocratie tribale préislamique de La Mecque, notamment du clan de Quraysh, qui avait résisté un temps à la prédication du prophète. Craignant d’être dépassés dans la course au pouvoir, Abû Bakr al-Siddîq et Umar ibn al-Khattâb, deux de ces Compagnons mecquois, se joignent à la réunion qui s’achève finalement par la désignation d’Abû Bakr comme calife (<i>khalîfa</i>), ou chef de la communauté.</p>
<p class="Base" style="text-align: justify; line-height: 115%;">On retient de l’événement l’émergence des premières dissensions au cœur de la jeune communauté (<i>umma</i>). Plusieurs lignes de fracture apparaissent : entre les <i>ansâr</i> (Médinois) et les <i>muhâjirûn</i> (Mecquois) d’une part ; entre Abû Bakr et Alî ibn Abî Tâlib d’autre part. Ce dernier, qui est le neveu du prophète et l’un des premiers à s’être converti, estime avoir été désigné comme le successeur du prophète par Muhammad lui-même ; une revendication plus tard rejetée par les sources sunnites. La société proto-islamique se structure donc autour de groupes élitaires qui appréhendent la transmission du pouvoir après la mort de Muhammad selon des critères qui leur sont propres.</p>
<p class="Base" style="text-align: justify; line-height: 115%;">Durant le règne d’Abû Bakr (632-634), les tensions s&rsquo;accroissent à l’échelle de la péninsule Arabique. Nombre de tribus considéraient être contractuellement liées au prophète. La disparition de ce dernier signifiait la rupture du contrat, c’est-à-dire la fin du paiement des taxes islamiques qui avaient été instituées à mesure que progressait la révélation. Du Yémen à la Yamâma en passant par Oman, d’importants conglomérats tribaux se détachent du premier État islamique : ce phénomène est désigné par les sources postérieures sous le nom de guerres d’apostasie (<i>hurûb al-ridda</i>). Acculé dans le Hijâz, Abû Bakr ne cède rien et l’envoi de contingents militaires lui permet de rétablir l’autorité du califat médinois. Son règne marque, semble-t-il, l’achèvement du processus d’islamisation et d’assujettissement de l’ensemble de l’Arabie. L’intégration ou la réintégration des tribus dans le califat se traduit par la diffusion de l’islam et la sophistication graduelle des moyens d’administration d’une communauté en pleine expansion.</p>
<div id="attachment_68781" style="width: 490px" class="wp-caption aligncenter"><img fetchpriority="high" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-68781" class="wp-image-68781 size-full" src="https://comprendrelislam.fr/wp-content/uploads/2021/05/Carte-ridda-1.png" alt="califes &amp;quot;bien guidés&amp;quot;,Grande discorde,continuité,pouvoir,Prophète,Muhammad,Quraysh,Médine" width="480" height="546" srcset="https://comprendrelislam.fr/wp-content/uploads/2021/05/Carte-ridda-1.png 480w, https://comprendrelislam.fr/wp-content/uploads/2021/05/Carte-ridda-1-264x300.png 264w" sizes="(max-width: 480px) 100vw, 480px" /><p id="caption-attachment-68781" class="wp-caption-text">Carte des révoltes de la ridda</p></div>
<p class="Base" style="text-align: justify; line-height: 115%;">À la mort du premier calife, le pouvoir passe aux mains de Umar ibn al-Khattâb. Son règne dure dix ans (634-644) et constitue un moment charnière dans l’histoire de l’islam et du Moyen-Orient. En rassemblant d’importants contingents militaires tribaux, Umar lance les conquêtes islamiques (<i>al-futûhât al-islâmiyya</i>). En Irak d’abord, puis en Syrie-Palestine et en Égypte, les troupes persanes et byzantines sont balayées. L’empire sassanide, dont les défenses sont enfoncées jusqu’aux plateaux iraniens du Khurâsân, s’effondre en 651. La frontière avec l’Empire byzantin se fixe dans le nord de la Syrie actuelle.</p>
<p class="Base" style="text-align: justify; line-height: 115%;">Dans les sources narratives postérieures, Umar incarne l’archétype du souverain idéal. Fort de ses victoires, il est surtout dépeint comme le fondateur de l’empire islamique. Il organise la conquête de Jérusalem, où il se rend en 637, et ordonne la fondation de villes-camps (<i>amsâr</i>), dont Basra, appelée à devenir un centre intellectuel majeur de l’islam médiéval. On lui attribue également l’établissement du <i>dîwân</i>, un registre de comptes permettant le versement des soldes aux soldats. Umar est aussi l’incarnation du souverain ascétique, connu pour sa propension à refuser le luxe, alors même que la conquête des riches villes du Levant a certainement provoqué un afflux exceptionnel de richesses vers la péninsule Arabique.</p>
<p class="Base" style="text-align: justify; line-height: 115%;">Lorsqu’il est poignardé par un esclave persan à Médine, il nomme avant de mourir un conseil de six membres parmi les plus importants Compagnons du prophète qu’il charge d’élire son successeur. Cet épisode, communément désigné sous le terme de <i>shûrâ</i> (consultation en arabe), a marqué la pensée politique islamique, puisque des groupes comme les Ibadites ne cesseront de revendiquer ce mode de désignation du souverain comme un remède contre le système dynastique et vertical qui s’impose avec les Omeyyades.</p>
<p class="Base" style="text-align: justify; line-height: 115%;">Au terme de ce conseil consultatif, Uthmân ibn Affân est désigné comme le nouveau souverain. À l’inverse de Umar, Uthmân jouit d’une image beaucoup plus contrastée dans la mémoire islamique. Son règne s’étale sur douze années (644-656), durant lesquelles les tensions internes à la communauté islamique (re)font surface. Accusé de népotisme au profit de sa tribu (les Omeyyades), Uthmân fait rapidement face à une forte opposition de la part des élites provinciales installées en Égypte et dans les villes-camps de Basra et de Kûfa. Reléguées à un second plan par le calife, ces élites locales appartenaient souvent à des tribus de seconde zone qui avaient acquis une notabilité (<i>sharafa</i>) grâce à leur entrée précoce (<i>sâbiqa</i>) dans l’islam. Rapidement, un vent de révolte souffle sur Médine et le calife doit faire face à des délégations venues contester sa politique. La situation se tend, le calife est assiégé dans sa maison avec quelques fidèles, puis assassiné au terme d’un assaut désordonné. Sa mort est une rupture majeure dans l’histoire de l’islam : pour la première fois, un souverain musulman est assassiné par ses coreligionnaires.</p>
<p class="Base" style="text-align: justify; line-height: 115%;">La désignation précipitée de Alî ibn Abî Tâlib comme calife ne résout rien. La crise entérine la rupture entre les partisans de Uthmân, qui réclament justice, groupés autour de Muâwiya, alors gouverneur de Syrie et cousin du défunt calife, et les soutiens de Alî. Cette guerre interne à la communauté est habituellement désignée sous le terme de <i>fitna</i>. Accompagnant le mouvement des conquêtes, le centre de gravité de l’islam se déplace alors vers le Moyen-Orient. Alî part en quête de soutien à Kûfa et affronte un premier contingent de rebelles à la bataille du Chameau (656). Puis à Siffîn, en 657, devant l’ampleur du massacre, Alî et Muâwiya s’entendent pour laisser deux arbitres trancher leurs différends. Refusant catégoriquement un arbitrage humain, un groupe de combattants ralliés à Alî fait sécession : on les appelle les khârijites, ceux qui « sortent de la communauté ». Alî les massacre en grande partie à Nahrawân (658), mais il est désormais extrêmement isolé. Muâwiya de son côté attend que les germes de la discorde finissent par diviser les troupes de son adversaire. Alî est finalement poignardé en 661 à l’entrée de la mosquée de Kûfa par un khârijite.</p>
<p class="Base" style="text-align: justify; line-height: 115%;">Après avoir transité par l’Irak, le pouvoir est désormais aux mains des Syriens et de la famille des Omeyyades. L’accession de Muâwiya au califat met fin à la Grande discorde, même si des foyers de contestation demeurent actifs, notamment en Irak. En outre, la rupture est aussi politique, puisque l’instauration d’un régime dynastique met fin à la période des califes « bien guidés » (<i>râshidûn</i>).</p>
<p class="Base" style="text-align: justify; line-height: 115%;">En trente années, le premier État islamique médinois s’est transformé en un califat. Les mutations engendrées par les conquêtes et l’installation d’un pouvoir politique centralisateur sont considérables pour les sociétés de la région. Cette période est donc un moment matriciel pour l’histoire politique, sociale et économique de l’Empire islamique, ce qui explique l’aura dont jouissent les quatre premiers califes. Au prix d’un travail historiographique de mise en ordre de l’histoire, de codification de la tradition et d’effacement des désaccords aux origines de la <i>fitna</i>, les historiens ont érigé ces quatre souverains en modèles politiques absolus et ont fait de la période un âge d’or révolu.</p>
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		<title>Le calife des conquêtes : Umar ibn al-Khattâb</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Enki Baptiste]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 20 May 2021 13:53:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Approfondir]]></category>
		<category><![CDATA[Religion et politique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En 2012, les cha&#xEE;nes QatarTV et Middle East Broadcasting diffusent &#xE0; l&#x2019;occasion du ramadan une s&#xE9;rie ambitieuse intitul&#xE9;e Umar al-F&#xE2;r&#xFB;q. </p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>En 2012, les chaînes QatarTV et Middle East Broadcasting diffusent à l’occasion du ramadan une série ambitieuse intitulée <em>Umar al-Fârûq</em>. Consacrée à l’histoire du deuxième calife de l’islam, cette coproduction qataro-saoudienne est une adaptation à l’écran des récits de la tradition sunnite. Elle témoigne de l’aura dont jouit jusqu’à aujourd’hui Umar b. al-Khattâb, considéré comme l’archétype du souverain exemplaire.<br />
Ce statut de modèle politique rend la reconstruction de sa vie particulièrement difficile. La période des premiers califes a fait l’objet d’un processus de réécriture de l’histoire à l’époque abbasside et l’authenticité des récits est souvent sujette à caution. Retracer son parcours requiert donc de suivre la tradition.</p>
<p>Lorsque la prédication du prophète Muhammad se diffusa à La Mecque, à partir des années 613, Umar est un membre d’une tribu de Quraysh, les Banû Adî. La tradition nous dit qu’il compta parmi les principaux opposants de Muhammad lorsque les persécutions contre ce dernier s’intensifièrent. C’est même en cherchant à assassiner le prophète de l’islam que Umar finit par se convertir, après un cheminement initiatique qui le conduisit jusqu’à Muhammad et s’acheva par son adhésion à la nouvelle religion qu’il promit de défendre. Connu pour sa fougue et sa force, son ralliement à la communauté en devenir aurait été un renfort de poids.<br />
En 622, Umar suivit le prophète lorsque ce dernier quitta La Mecque pour Médine. Aux côtés d’Abû Bakr ou de Abd al-Rahmân b. Awf, Umar devint l’un des principaux émigrés (<em>Muhâjirûn</em>), la nouvelle aristocratie islamique avec les auxiliaires (<em>Ansâr</em>). Il fit office de conseiller politique auprès d’Abû Bakr durant son règne (632-634), avant que ce dernier ne le nomme comme son successeur.</p>
<p>Le règne de Umar est un moment charnière dans l’histoire des débuts de l’islam. En dix ans (634-644), les armées de la péninsule balaient les troupes sassanides et byzantines. Désormais calife d’un empire qui s’étend de l’Égypte aux montagnes de l’Iran actuel, Umar s’impose comme un souverain législateur, équitable et profondément attaché aux valeurs d’ascétisme que prône le Coran.<br />
À la mort d’Abû Bakr, l’Arabie est passée à l’islam et les premiers contingents tribaux ont déjà pris pied dans les franges septentrionales de l’Arabie. Mais c’est Umar qui déclenche véritablement les conquêtes (<em>futûhât</em>). Depuis Médine, le calife planifie des mouvements de troupes de plus en plus ambitieux à l’échelle du Moyen Orient. Les sources narratives nous donnent l’image d’une conquête organisée depuis Médine : s’il faut relativiser cette lecture centralisatrice du phénomène, le calife semble toutefois avoir usé de son autorité charismatique pour rassembler des armées conséquentes et les avoir dirigées selon les besoins.<br />
Les troupes musulmanes s’engagent dans deux directions distinctes : l’Irak sassanide, attaqué depuis les marais du sud, et les régions byzantines de Syrie-Palestine. En 636, la victoire remportée à Yarmûk dans le nord de l’actuel Jordanie face aux troupes de Constantinople permet de faire sauter le verrou byzantin dans la région. La même année, en Irak, les troupes persanes sont vaincues à la bataille de Qâdisiyya. La riche région agricole du Sawâd – ces terres fertiles du bas-Irak – passent sous le contrôle du califat de Médine et deux villes-camps (<em>misr</em>, pl. <em>amsâr</em>) y sont fondées, Kûfa et Baṣra, appelées à devenir des hauts lieux de la vie intellectuelle, politique et religieuse du Moyen Orient.<br />
L’ensemble de ces conquêtes se déroulent sans que Umar ne soit jamais présent sur le champ de bataille. Le souverain est néanmoins connu pour s’être rendu à Jérusalem, certainement entre 636 et 638. Ce voyage, dont le déroulé exact reste assez flou, revêt pourtant une importance capitale pour l’histoire sacrée de la ville. Recevant la soumission de la cité des mains des autorités chrétiennes, Umar aurait alors fondé la mosquée al-Aqsa, à côté du Dôme du Rocher. C’est également à cette occasion que le calife aurait formalisé les règles de cohabitation entre les musulmans et les chrétiens. Ce texte, connu sous le nom de Pacte de Umar, a connu une postérité importante dans le monde musulman, et est à l’origine de la notion de <em>dhimma</em>.</p>
<div id="attachment_68794" style="width: 650px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-68794" class="wp-image-68794 size-full" src="https://comprendrelislam.fr/wp-content/uploads/2021/05/Carte-conquetes-e1621522757708.png" alt="calife,conquêtes,Umar ib al-Khattâb,Quraysh,La Mecque,règne,Coran,souverain,islam" width="640" height="452" srcset="https://comprendrelislam.fr/wp-content/uploads/2021/05/Carte-conquetes-e1621522757708.png 640w, https://comprendrelislam.fr/wp-content/uploads/2021/05/Carte-conquetes-480x339.png 480w" sizes="(min-width: 0px) and (max-width: 480px) 480px, (min-width: 481px) 640px, 100vw" /><p id="caption-attachment-68794" class="wp-caption-text">Carte des conquêtes à l&rsquo;époque d&rsquo;Umar</p></div>
<p>Mais Umar ne fut pas uniquement un conquérant. Conscient des risques que l’afflux de richesses occasionné par les conquêtes faisait peser sur la jeune communauté islamique, il instaura le <em>dîwân</em>, un système de pensions destiné à redistribuer de façon équitable le butin des expéditions. Cherchant à éviter que les conquérants s’investissent dans les activités agricoles et restent disponibles pour mener de nouvelles expéditions, Umar garantit aux populations conquises la sécurité de leurs biens et de leurs terres et leur imposa en contrepartie le versement de taxes (<em>kharâj</em>). Les combattants furent regroupés dans les villes-camps et le calife établit une liste des conquérants afin de les rétribuer selon la date de leur entrée dans l’islam. Ce faisant, le calife brisait les hiérarchies anciennes héritées de la période préislamique et instaurait de nouveaux critères d’appartenance à la communauté. Ces villes-camps devinrent le laboratoire de création d’une nouvelle société islamique, laquelle fut désormais structurée autour d’hommes dont le prestige dérivait entièrement de leur entrée précoce (<em>sâbiqa</em>) dans l’islam et de leur participation aux grandes batailles des conquêtes. Originaires de clans mineurs et autrefois cantonnés à jouer un rôle mineur dans des sociétés tribales très hiérarchisées, ces conquérants accédaient ainsi à une notoriété permise par la politique du <em>dîwân</em>.</p>
<p>Souverain austère mais accessible, fin législateur, organisateur des armées et des territoires conquis : Umar jouit d’une image très positive dans l’historiographie sunnite. Il incarne l’archétype du gouverneur exemplaire, partial et intraitable envers ses enfants et ses proches. Les sources chiites sont moins unanimes à son sujet et considèrent qu’en accédant au pouvoir, il a usurpé les droits de Alî sur le califat.<br />
En 644, Umar est poignardé par un esclave persan à Médine. Les motifs exacts du meurtre sont flous, mais l’agonie du souverain est bien documentée. Sur son lit de mort, il créa un conseil consultatif (<em>shûrâ</em>) regroupant six membres de Quraysh qui étaient parmi les premiers à s’être convertis et qui furent chargés de désigner son successeur. On attribue ainsi à Umar la mise en pratique de la notion coranique (Q. 42 : 38) de consultation et de délibération dans le champ politique, et perçue comme une parade contre tout monopole arbitraire et tyrannique du pouvoir.</p>
<p>Il n’est donc pas surprenant qu’une série qataro-saoudienne s’empare de cette figure tutélaire de ce premier islam. Umar demeure un modèle politique auréolé d’un prestige considérable jusqu’à aujourd’hui. Son héritage politique, guerrier, juridique et éthique témoigne de l’action d’un personnage à qui l’on peut sans doute faire remonter les origines de l’Empire islamique.</p>
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