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	<title>Minorités musulmanes | Comprendre l&#039;Islam</title>
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	<description>Religions Débats Hsitoire</description>
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	<title>Minorités musulmanes | Comprendre l&#039;Islam</title>
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		<title>Une vision orientaliste des Alaouites</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Bruno Paoli]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 20 May 2022 12:26:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Islam pluriel]]></category>
		<category><![CDATA[Texte à l'appui]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Source : extrait de Jean-Joseph-Fran&#xE7;ois Poujoulat, &#xAB; Visite &#xE0; Lattaqui&#xE9; &#xBB;, Revue des deux mondes, quatri&#xE8;me s&#xE9;rie, volume 2, n&#xB0;2 (1835), p. 238-242. [&#x2026;] J&#x2019;arrive maintenant &#xE0; ce qui me semble le plus curieux, le plus digne d&#x2019;attention dans le pays de Laodic&#xE9;e ; je veux parler de la peuplade qui habite les montagnes voisines [&#x2026;]</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Source : extrait de Jean-Joseph-François Poujoulat, « Visite à Lattaquié », <em>Revue des deux mondes</em>, quatrième série, volume 2, n°2 (1835), p. 238-242.</strong></p>
<p>[…] J&rsquo;arrive maintenant à ce qui me semble le plus curieux, le plus digne d&rsquo;attention dans le pays de Laodicée ; je veux parler de la peuplade qui habite les montagnes voisines de cette ville, et qui est connue sous le nom d&rsquo;Ensyriens, de Nosaïris ou d&rsquo;Ansariens. Les savans ne connaissent que très imparfaitement la peuplade ansarienne renfermée dans ses montagnes comme dans des forts inaccessibles ou dans des sanctuaires interdits aux profanés. La religion, les mœurs, les coutumes des Ansariens sont encore enveloppées de mystérieuses ombres. Ce que je vais rapporter, c&rsquo;est le fruit des conjectures les plus probables, le résultat de longues observations faites par les chrétiens du pays ; c&rsquo;est surtout ce que les gens les plus éclairés de la côte ont pu comprendre par la lecture de quelques livres ansariens qu&rsquo;un heureux hasard a fait tomber entre leurs mains.</p>
<p>Les Ansariens sont partagés en différentes sectes, parmi lesquelles on compte la secte des adorateurs du soleil, celle des adorateurs de la lune, celle des adorateurs de la femme ; le nombre des villages qu&rsquo;ils habitent s&rsquo;élève à plus de sept cents ; ils forment une population d&rsquo;environ cent mille âmes. Les Ansariens regardent Jésus-Christ et Mahomet comme deux grands prophètes amis de Dieu ; ils ont des fêtes musulmanes et des fêtes chrétiennes ; la Noël, la Pâque, l&rsquo;Épiphanie, la Pentecôte et la Circoncision, sont célébrées, par deux sectes ansariennes, les <em>Chemelié</em> et les <em>Clésié </em>; les autres sectes ne célèbrent que la solennité de Noël.</p>
<p>[…] Les Ansariens Kadmousié, ceux qui rendent à la femme un culte particulier, ont une étrange et odieuse cérémonie qui prouve jusqu&rsquo;à quelles aberrations l&rsquo;esprit de l&rsquo;homme peut descendre. Durant la nuit du premier jour de l&rsquo;an, les hommes de chaque village s&rsquo;enferment dans une maison et murmurent dévotement une prière à la lueur de quelques flambeaux ; quand la prière est achevée, on éteint les flambeaux, et la porte s&rsquo;ouvre pour laisser entrer confusément les femmes et les jeunes filles du village. Au milieu des ténèbres, chaque homme se saisit de la première femme que le hasard lui donne, et dans cet affreux désordre, peut-être arrive-t-il que le frère rencontre la sœur, et le fils la mère. Cette fête si révoltante se nomme <em>boc-bèche</em> (fête d&#8217;empoignement).</p>
<p>[…] Les doctrines des Ansariens sont un mélange informe de toutes les doctrines d&rsquo;Orient ; chacune des pages qui composent leur évangile est empruntée à des évangiles divers, et toutes ces pages sont souillées ou défigurées. Parmi les peuples orientaux, il en est qui ne sont plus aujourd&rsquo;hui que des ruines, et la croyance à leur résurrection politique ne serait qu&rsquo;un rêve. Il en est d&rsquo;autres qui n&rsquo;ont point encore vécu de la vie des nations, et qui se sont arrêtés dans la grossière ignorance d&rsquo;une enfance de plusieurs siècles : de ce nombre sont les Ansariens; qui nous dira leur future destinée? Leur existence ne sera-t-elle jamais meilleure ? L&rsquo;avenir ne leur réserve-t-il aucune lumière ? Y a-t-il des peuples condamnés à ne point connaître la vérité, semblables à ces nations hyperboréennes, dont nous parlent les poètes, qui ne verront jamais le soleil ?</p>
<h5><strong>Commentaire</strong></h5>
<p>Poujoulat (1808-1880), historien, journaliste et homme politique français, fut employé en 1828 par Joseph-François Michaud à la rédaction de la Bibliothèque des Croisades. En 1830, il l’accompagna lors de son voyage en Grèce et en Palestine mais rentra seul par la Syrie. C’est de cette visite qu’il tira l’article dont est tiré l’extrait choisi. Il y colporte les informations mensongères ou déformées que lui ont transmis, comme à d’autres voyageurs occidentaux, des Syriens de confession chrétienne ou musulmane le plus souvent mal informés ou malintentionnés.</p>
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		<title>La fatwa d&#8217;Ibn Taymiyya sur les Alaouites</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Bruno Paoli]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 20 May 2022 12:18:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Islam pluriel]]></category>
		<category><![CDATA[Texte à l'appui]]></category>
		<category><![CDATA[Alaouites]]></category>
		<category><![CDATA[Chiisme]]></category>
		<category><![CDATA[Djihadisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Source : extrait de Stanislas Guyard, &#xAB; La fetwa d&#x2019;Ibn Taimiyyah sur les Nosair&#xEE;s&#xA0;&#xBB;, Journal Asiatique, 1871, 6e s&#xE9;rie, t. XVIII, p. 158-198. Les docteurs de l&#x2019;Islam sont tous d&#x2019;accord sur ces points&#xA0;: 1&#xB0; Qu&#x2019;il est illicite de contracter le mariage avec de telles gens, et qu&#x2019;un homme ne peut ni cohabiter [avoir une relation [&#x2026;]</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Source : extrait de Stanislas Guyard, « La <em>fetwa</em> d&rsquo;Ibn Taimiyyah sur les Nosairîs », <em>Journal Asiatique</em>, 1871, 6e série, t. XVIII, p. 158-198.</strong></p>
<p>Les docteurs de l’Islam sont tous d’accord sur ces points :</p>
<p>1° Qu’il est illicite de contracter le mariage avec de telles gens, et qu’un homme ne peut ni cohabiter [avoir une relation sexuelle] avec son esclave, si elle est nosairi, ni prendre femme parmi eux ;</p>
<p>2° Que les animaux tués par eux sont impurs ; […]</p>
<p>5° Il n’est pas licite d’enterrer les Nosairis dans les cimetières musulmans, ni de réciter les prières sur leurs corps. Dieu a défendu à son Prophète de prier sur le corps des hypocrites tels qu’Abd allah ben Obay et ses pareils, qui feignaient de pratiquer la prière, l’aumône, le jeûne et la guerre sainte en compagnie des musulmans, n’émettaient jamais d’opinions contraires à la religion musulmane, mais ne les professaient pas moins en secret. Dieu très-haut a dit : « Ne prie jamais sur aucun d’eux quand ils mourront ; ne te tiens jamais sur leur tombe » (Coran, IX, 86). Combien à plus forte raison ne doit-on pas agir de même à l’égard de ceux qui, outre le zendiqisme et l’hypocrisie, laissent encore paraître l’incrédulité et l’hétérodoxie !</p>
<p>6° Quant à les employer sur les frontières des musulmans, dans leurs forteresses et à l’armée, c’est une énormité semblable à celle qu’on commettrait en se servant des loups pour garder les moutons. Car ces gens sont les plus traîtres des hommes à l’égard des musulmans et de leurs chefs, les plus acharnés à la subversion de la religion et de l’État, les plus empressés à livrer les forteresses à nos ennemis. Il est donc du devoir de nos préfets de les rayer des contrôles de l’armée et de ne pas plus s’en servir pour combattre que pour toute autre fonction […].</p>
<p>8° Leur sang et leurs biens sont déclarés licites. Les docteurs [de la Loi] se partagent sur la question de savoir si l’on doit les admettre à résipiscence quand ils manifestent le repentir. Ceux qui agréent leur conversion exigent en échange l’abandon de leurs biens aussitôt qu’ils ont adopté la loi de l’Islam. Ceux qui la rejettent, ainsi que la possibilité pour eux d’hériter de leurs proches, déclarent que la confiscation de leurs biens est une restitution au trésor public. Car, disent-ils, ces Nosairis, lorsqu’on les admet [à résipiscence], feignent l’ignorance auprès des ennemis de leur secte et cachent ce qui les concerne ; d’ailleurs il y en a parmi eux qui ne connaissent pas bien leur religion. La marche à suivre en ceci est de les surveiller avec vigilance, de leur interdire les réunions et le port des armes, et quand ils prennent part au combat et observent les pratiques musulmanes telles que les cinq prières et la lecture du Koran, de laisser parmi eux quelqu’un pour leur enseigner la religion musulmane et de s’interposer entre eux et leurs instructeurs. […]</p>
<p>10° Il n’y a donc nul doute que la guerre sainte et les mesures rigoureuses contre ces [Nosairis] ne soient au nombre des actions les plus agréables à Dieu et des devoirs les plus sacrés. […]</p>
<p>11° Il n’est licite à personne de cacher ce qu’il sait de leurs affaires ; au contraire, on doit dévoiler et divulguer leurs secrets, afin que les musulmans soient instruits de la vérité. Personne ne doit les aider à rester à l’armée ou dans une fonction quelconque. Personne ne doit s’opposer à ce qu’on les persécute, d’après les prescriptions suivantes de Dieu et de son Prophète, qui comptent parmi les articles les plus importants sur le devoir d’exciter au bien, de détourner du mal et de combattre dans la voie de Dieu [suivent quelques versets du Coran appelant à combattre les infidèles et les hypocrites, notamment les versets 19-22 et 74 de la sourate IX].</p>
<h5><strong>Commentaire</strong></h5>
<p><a href="https://comprendrelislam.fr/islam-et-violence/le-jihad-dans-loeuvre-dibn-taymiyya-mort-en-1328/">Taqî al-Dîn Ahmad ibn Taymiyya</a> (1263-1328), théologien et jurisconsulte hanbalite, est connu pour son intransigeance et sa vision rigoriste de l’islam. À ce titre, ses écrits ont une influence considérable sur les mouvements fondamentalistes de l’islam contemporain. En particulier, la fatwa qu’il prononça au sujet des nousayris fait encore référence aujourd’hui au sein des mouvements islamistes radicaux et djihadistes afin de justifier la guerre sainte contre les alaouites, considérés comme des hérétiques.</p>
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		<title>Histoire et religion des alaouites de Syrie.  Épisode 4</title>
		<link>https://comprendrelislam.fr/islam-pluriel/histoire-et-religion-des-alaouites-de-syrie-episode-4/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=histoire-et-religion-des-alaouites-de-syrie-episode-4</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bruno Paoli]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 20 May 2022 12:11:09 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Approfondir]]></category>
		<category><![CDATA[Islam pluriel]]></category>
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		<category><![CDATA[Islamisme]]></category>
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		<category><![CDATA[Orientalisme]]></category>
		<category><![CDATA[Parti Baath]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La communaut&#xE9; alaouite de Syrie a &#xE9;t&#xE9; projet&#xE9;e sous les feux de l&#x2019;actualit&#xE9; &#xE0; l&#x2019;occasion des dramatiques &#xE9;v&#xE9;nements qui secouent le pays depuis 2011&#xA0;: stigmatis&#xE9;e par certains, en tant que communaut&#xE9; au pouvoir (car c&#x2019;est d&#x2019;elle que sont issus le pr&#xE9;sident de la R&#xE9;publique, Bachar al-Assad, et nombre de dirigeants actuels),&#xA0;elle s&#x2019;est retrouv&#xE9;e victimis&#xE9;e par [&#x2026;]</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://comprendrelislam.fr/islam-pluriel/histoire-et-religion-des-alaouites-de-syrie-episode-1/">La communauté alaouite de Syrie</a> a été projetée sous les feux de l&rsquo;actualité à l&rsquo;occasion des dramatiques événements qui secouent le pays depuis 2011 : stigmatisée par certains, en tant que communauté au pouvoir (car c&rsquo;est d&rsquo;elle que sont issus le président de la République, Bachar al-Assad, et nombre de dirigeants actuels), elle s’est retrouvée victimisée par d’autres, parce que ses membres appartiennent à la communauté du pouvoir, dont ils seraient non pas tant les complices que les otages. La vérité doit se situer quelque part entre les deux. L&rsquo;expression trop souvent entendue ou lue dans les médias de « régime alaouite » témoigne d’un amalgame trompeur entre un groupe humain et un pouvoir qui en serait en quelque sorte l’émanation. Elle masque une réalité plus complexe, celle d’une communauté riche d’une longue histoire et qui, comme toute autre, est traversée par des clivages plus ou moins visibles et durables, par des hiérarchies mouvantes et par toutes sortes de rapports d&rsquo;influence, de clientèle ou de rivalité.</p>
<h5><strong>Les alaouites dans la littérature orientaliste</strong></h5>
<p>Les groupes humains marginaux et les doctrines religieuses hétérodoxes ou mystérieuses ont de tout temps piqué la curiosité des uns et suscité le mépris des autres. Les alaouites n’ont pas échappé à cette règle, comme en témoigne la littérature qui leur fut consacrée en Occident, de Maundrell (1705) à Renan (1864), en passant par Pococke (1741), Niebuhr (1780), Volney (1785), Burckhardt (1822), Lamartine (1835) et bien d’autres. On y trouve un écho des légendes colportées à leur sujet dans la région, lesquelles ont contribué à en façonner une représentation imaginaire faite de stéréotypes à forte connotation péjorative et de croyances naïves sans fondements. Certains prétendent ainsi qu’ils vénèrent les chiens (<em>kalb</em>), d&rsquo;où émanerait le nom du groupe alaouite des Kalbiyyé ; et d&rsquo;autres, la mâchoire d’un âne qui aurait mangé leurs textes sacrés ! Nombre de ces auteurs évoquent aussi le culte qu&rsquo;ils voueraient aux parties naturelles de la femme et la « fête de la Matrice », cérémonie nocturne périodique à l’occasion de laquelle ils pratiqueraient la communauté des femmes et éventuellement l’inceste.</p>
<h5><strong>Des stéréotypes encore vivaces</strong></h5>
<p>Il serait naïf de croire que ces légendes appartiennent au passé. Bien plus nombreux qu’on ne le pense sont les Syriens qui, aujourd&rsquo;hui encore, croient à ces affabulations contribuant à façonner une image de l&rsquo;Autre qui, aussi fausse soit-elle, peut facilement engendrer des réactions violentes, surtout si elle est exacerbée par des événements politiques. Ce fut le cas dans les années soixante-dix et quatre-vingt : le massacre de Hama (1982) qui s’était soulevée à l’instigation des Frères musulmans, aussi abominable fût-il, ne doit en effet pas faire oublier la vague de terreur anti-alaouite qui l’avait précédé et qui culmina, en 1979, avec le massacre de quatre-vingt-deux cadets de l’Académie militaire d’Alep, tous alaouites.</p>
<p>Dans les années 1980 comme aujourd’hui, le discours officiel des Frères musulmans syriens se veut rassurant. La charte promulguée par la direction de l’organisation parle de démocratie, de laïcité, de liberté de culte et de respect des minorités religieuses ; et une distinction claire est établie entre la communauté alaouite et le régime des Assad, dont ils reconnaissent qu’il n’en est en rien l’émanation. Mais il en va tout autrement de la base du parti, comme de mouvements islamistes plus radicaux, qui décrivent la religion alaouite comme un mélange de judaïsme, de bouddhisme et de zoroastrisme et affirment, entre autres, que les alaouites vendent leurs filles, vénèrent la vulve des femmes et, à l’occasion de la nuit de la <em>Kabicha</em>, « se rassemblent dans des maisons et des clubs, à un moment donné éteignent la lumière et chacun se jette sur la première femme qui lui tombe sous la main pour abuser d’elle », comme le prétend une publication clandestine de l&rsquo;époque citée par Olivier Carré et Gérard Michaud en 1983.</p>
<p>Pour une majorité de musulmans sunnites radicaux, la fatwa que prononça contre eux <a href="https://comprendrelislam.fr/islam-et-violence/le-jihad-dans-loeuvre-dibn-taymiyya-mort-en-1328/">Ibn Taymiyya</a> (1268-1328) fait encore autorité. Il y encourageait les musulmans à la guerre sainte contre les nousayris et autres « sectateurs du sens caché », considérés comme plus infidèles et impurs que les chrétiens et les juifs. Tout contact avec eux est interdit et il est permis, si ce n&rsquo;est recommandé, de les tuer et de s&rsquo;approprier leurs biens. Leur conversion à l&rsquo;islam peut être acceptée à condition qu&rsquo;ils cèdent tout ce qu&rsquo;ils possèdent ; et cela ne doit pas dispenser les « croyants » de continuer à se méfier d&rsquo;eux et à les surveiller, car leur conversion n&rsquo;est peut-être que pure dissimulation.</p>
<h5><strong>Complexe minoritaire et peur existentielle</strong></h5>
<p>Les événements de ces dernières années ont renforcé la défiance entre sunnites et alaouites, une réalité qu’on ne saurait nier, quand bien même serait-on le plus ardent promoteur d’une Syrie laïque et démocratique. Récemment, le 4 mai 2015, le <em>talk-show</em> très suivi de l’un des présentateurs vedette de la chaîne <em>Aljazeera</em>, Faysal al-Qassem, avait pour thème : « Faut-il exterminer tous les alaouites de Syrie, femmes et enfants compris ? ». Déchaîné, encouragé par le sondage effectué pour l’occasion parmi les auditeurs, qui indiquait que 95% d’entre eux y étaient favorables, le présentateur s’y livra à une diatribe d’une violence inouïe, ni plus ni moins qu’un appel au génocide. Dans un État de droit, ce que n&rsquo;est pas le Qatar, il aurait été immédiatement licencié et assigné en justice pour incitation à la haine raciale ou apologie de crimes contre l’humanité.</p>
<p>L’identité alaouite est aujourd’hui fondée sur le complexe minoritaire, la peur d’une domination sunnite, « donc islamiste », et sur une histoire qui la justifie et l’explique. Tout ceci doit aider à comprendre, à défaut de l’accepter, le réflexe communautaire d’une très grande majorité d’alaouites qui se sont rangés quasi aveuglément derrière un régime pour lequel ils n’ont pas forcément beaucoup de sympathie, mais qu’ils considèrent finalement comme un moindre mal comparé à l’éventualité d’un régime islamiste qui pourrait les ramener à des temps de misère et de persécutions. Aussi légitimes que puissent être leurs craintes, leur repli communautaire n&rsquo;a fait que renforcer la majorité des sunnites dans l’idée que ce n’est pas seulement le régime qu’il faut combattre, mais tous les alaouites.</p>
<h5><strong>Pour aller plus loin</strong></h5>
<p>Stanislas Guyard, « La <em>fetwa</em> d&rsquo;Ibn Taimiyyah sur les Nosairîs », <em>Journal Asiatique</em>, 1871, 6e série, t. XVIII, p. 158-198.</p>
<p>Olivier Carré et Gérard Michaud [Michel Seurat], <em>Les Frères musulmans (1928-1982)</em>, Paris, Gallimard, 1983, rééd. dans Seurat, Michel, <em>L&rsquo;État de barbarie</em>, Paris, PUF, 2012.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Un texte inédit sur la diffusion de la doctrine alaouite en Syrie</title>
		<link>https://comprendrelislam.fr/non-classe/un-texte-inedit-sur-la-diffusion-de-la-doctrine-alaouite-en-syrie/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=un-texte-inedit-sur-la-diffusion-de-la-doctrine-alaouite-en-syrie</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bruno Paoli]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 20 May 2022 10:39:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Article sans catégorie]]></category>
		<category><![CDATA[Islam pluriel]]></category>
		<category><![CDATA[Texte à l'appui]]></category>
		<category><![CDATA[Alaouites]]></category>
		<category><![CDATA[Bouyides]]></category>
		<category><![CDATA[Chiisme]]></category>
		<category><![CDATA[Initiation religieuse]]></category>
		<category><![CDATA[Minorités musulmanes]]></category>
		<category><![CDATA[Syrie médiévale]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Source : extraits du Kit&#xE2;b khayr al-san&#xEE;&#x2019;a f&#xEE; mukhtasar t&#xE2;r&#xEE;kh ghul&#xE2;t al-ch&#xEE;&#x2019;a du cheikh &#x1E24;usayn Mayh&#xFB;b Harf&#xFB;sh, manuscrit in&#xE9;dit dont une copie est conserv&#xE9;e dans la biblioth&#xE8;que de l&#x2019;Institut fran&#xE7;ais du Proche-Orient &#xE0; Damas, trad. B. Paoli. Connaissance des disciples (awl&#xE2;d) du Sayyid Ab&#xFB; Abd All&#xE2;h al-&#x1E24;usayn ibn Hamdan al-Khas&#xEE;b&#xEE; Le premier : R&#xE2;s B&#xE2;ch [&#x2026;]</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Source : extraits du <em>Kitâb khayr al-sanî’a fî mukhtasar târîkh ghulât al-chî’a </em>du cheikh Ḥusayn Mayhûb Harfûsh, manuscrit inédit dont une copie est conservée dans la bibliothèque de l’Institut français du Proche-Orient à Damas, trad. B. Paoli.<br />
</strong></p>
<p>Connaissance des disciples (<em>awlâd</em>) du Sayyid Abû Abd Allâh al-Ḥusayn ibn Hamdan al-Khasîbî</p>
<p>Le premier : Râs Bâch al-Daylâmî. D’origine irakienne, il fut initié à Bagdad après avoir assisté à un miracle d’al-Khasîbî. Un jour, ce dernier monta un chameau et, au moment où celui-ci voulait pénétrer une ruelle dont la porte était étroite, celle-ci s’agrandit afin de laisser passer l’animal. Seul Râs Bâch fut témoin de ce miracle, car il lui avait été demandé de faire le tour des rues et des commerces de Bagdad avec lui. Lorsqu’il vit ce miracle de ses propres yeux, il le fit descendre de chameau, lui baisa la main et se mit à son service. Par la suite, al-Khasîbî lui transmit son enseignement et composa une épitre à son nom, la <em>Risala râstbâchiyya</em>. Par la suite, [Râs Bâch] mémorisa le Coran et effectua le pèlerinage à la Mecque et à Jérusalem.</p>
<p>Le deuxième : Abû al-Hasan al-Bishrî. D’origine syrienne, il initia [aux principes de la doctrine] le prince Ala al-Dîn, gouverneur de Takrit, ainsi qu’une dizaine de villages [des environs] d’Alep. Que Dieu le sanctifie.</p>
<p>Le troisième : Yunûs al-Badî’î. D’origine syrienne, il composa des commentaires ésotérique et exotérique du Coran. Il emporta deux livres en Égypte : le <em>Kitâb al-Kâfi bi-l-jawab al-shafi</em>, et le <em>Kitâb al-mithal wa-l-sûra</em>. Tous deux sont attribués au Sayyid Abû Shu’ayb [Ibn Nusayr]. Personne ne connaissait l’existence de ces deux ouvrages en Égypte, de sorte que les croyants ne pouvaient les emprunter sans laisser en gage l’équivalent de leurs poids en or. Il initia huit personnes dans la mosquée [Ibn] Tulûn et entreprit, à sa charge, le pèlerinage avec eux. Il décéda à Alep à l’âge de soixante ans. Que Dieu le sanctifie.</p>
<p>Le septième : Abû al-Layth al-Kattânî al-Halabî al-Shâmî. Il était établi à Sarmin où il filait le lin pour le vendre. Il mémorisa le Coran sous la direction de son père […] et initia huit [personnes]. Il partit avec eux à la Mecque où ils séjournèrent un an puis ils se mirent en route vers la montagne à l’ouest de Hamah où ils s’installèrent et où tous lui succédèrent, publiquement et secrètement. Que Dieu Le Très-Haut les sanctifie.</p>
<p>Le treizième : Abû Hamza al-Kattân, syrien nomade chiite. C’était un homme courageux, qui aimait à polémiquer avec les adeptes d’autres sectes. Il mémorisa le Coran et ses sept lectures, étudia la grammaire et effectua le pèlerinage. En outre, il initia six personnes à l’âge de cinquante-cinq ans. Il décéda à Homs. Que Dieu sanctifie son âme.</p>
<p>Le vingt-troisième : Yazîd ibn Shu’ba al-Harrânî. Il est l’auteur du <em>Kitâb haqa’iq asrâr al-dîn </em>(<em>Le livre des significations des mystères de la religion</em>) et d’autres encore. Il était suivi par plusieurs disciples car c’était une personne savante, bienveillante et bienfaisante. Lors de son voyage vers la Mecque, des pèlerins se joignirent à lui et l’accompagnèrent jusqu’à son île. Alors qu’ils étaient en pleine mer, ils se trouvèrent face à un poisson-lune de la taille d’un chameau. Alors que tous les passagers à bord étaient morts de peur, Abû Muhammad [Yazîd ibn Shu’ba] prit une feuille sur laquelle il écrivit trois lettres et qu’il déposa dans un creuset à cire avant de la jeter dans la direction du poisson qui fuit sur-le-champ. […] Dès leur arrivée sur l’île, Yazîd initia aux mystères de la Loi divine ses compagnons, ainsi qu’un groupe d’hommes originaires des montagnes du Yémen. Puis il se rendit en Syrie (<em>al-Shâm</em>) et mourut à Hama. Plusieurs livres qui lui sont attribués sont préservés dans les montagnes.</p>
<p>Le vingt-cinquième : Abû al-Qâsim al-Abbâs al-Shâmî. Il était apprécié parmi les Gens du Livre. Il incita dix moines à se convertir à l’islam, ainsi quatre savants juifs. Il entreprit un pèlerinage en leur compagnie à la Mecque. Ils visitèrent Jérusalem et Hébron et, en chemin, il les initia aux mystères de la divinité. Il décéda en Palestine à l’âge de soixante-dix-sept ans. Que Dieu le sanctifie.</p>
<p>Le trente-septième : Charbabak al-A’jamî. Il apprit le <a href="https://comprendrelislam.fr/islam-pluriel/une-synthese-de-la-doctrine-alaouite/"><em>Dastûr</em></a> mais l’oublia par la suite. Il eut peine à le supporter, de même que ses amis qui le réprimandèrent, de sorte qu’il se mit à boire d’une « boisson pure » jusqu’à en mourir. Il décéda à Hamadan à l’âge de trente ans.</p>
<h5><strong>Commentaire</strong></h5>
<p>Al-Khasîbî, leader de la communauté nousayrie au milieu du Xe siècle eut, dit-on, cinquante-et-un disciples. Le <em>Kitâb khayr al-sanî’a</em> consacre à chacun une courte notice. Celles qui ont été sélectionnées ci-dessous contiennent un certain nombre d’informations importantes. Tout d’abord, elles témoignent de la diffusion de la doctrine, non seulement en Syrie, mais aussi en Irak (Bagdad, Takrit), en Palestine, en Égypte et en Iran (Hamadan). Elles illustrent ensuite le prosélytisme actif de ses adeptes, qui convertirent et initièrent des chrétiens et des juifs, mais aussi des hommes de pouvoir, comme l’émir bouyide Râs Bâch al-Daylâmî ou ce Ala al-Dîn, gouverneur de Takrit. Enfin, elles attestent de ce que, très tôt déjà, les nousayris avaient commencé à s’établir dans l’ouest de la Syrie actuelle et dans les montagnes qui, depuis le Moyen Âge, constituent leur sanctuaire contre l’oppression des gouvernants sunnites.</p>
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		<title>La répression de la révolte alaouite de 1316</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Bruno Paoli]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 20 May 2022 09:52:57 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Islam pluriel]]></category>
		<category><![CDATA[Texte à l'appui]]></category>
		<category><![CDATA[Alaouites]]></category>
		<category><![CDATA[Chiisme]]></category>
		<category><![CDATA[Mamlouks]]></category>
		<category><![CDATA[Minorités musulmanes]]></category>
		<category><![CDATA[Syrie médiévale]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Source : Ibn Batt&#xFB;ta (mort en 1368), Voyages et p&#xE9;riples, dans Charles-Dominique Paule, Voyageurs arabes, La Pl&#xE9;iade, 1995, p.&#xA0;439-440. La plupart des habitants de cette r&#xE9;gion, dit-il, appartiennent &#xE0; la secte des nu&#x1E63;ayr&#x12B;s, qui croient qu&#x2019;Al&#xEE; ibn Ab&#xEE; T&#xE2;lib est un dieu ; ils ne prient, ni ne sont circoncis, ni ne je&#xFB;nent. Le roi [&#x2026;]</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Source : I</strong><strong>bn Battûta (mort en 1368), <em>Voyages et </em>périples, dans Charles-Dominique Paule, <em>Voyageurs arabes</em>, La Pléiade, 1995, p. 439-440.</strong></p>
<p>La plupart des habitants de cette région, dit-il, appartiennent à la secte des <em>nuṣayrīs</em>, qui croient qu&rsquo;Alî ibn Abî Tâlib est un dieu ; ils ne prient, ni ne sont circoncis, ni ne jeûnent. Le roi al-Zâhir [Baybars] les avait obligés à construire des mosquées dans leurs villages. Ils ont donc édifié une mosquée dans chaque village, mais loin des habitations ; cependant ils n&rsquo;y pénètrent pas, ni ne les fréquentent. Souvent leurs troupeaux et leurs bêtes de somme y logent. Parfois, lorsqu&rsquo;un étranger vient chez eux, il fait halte dans la mosquée et appelle à la prière. Ces gens lui disent : »Ne brais pas comme un âne, on va t&rsquo;apporter ton fourrage ! » Les nuṣayris sont nombreux. On m&rsquo;a raconté qu&rsquo;un inconnu arriva dans le pays des nuṣayris et dit être le Mahdî ; les gens accoururent et cet homme leur promit qu&rsquo;ils deviendraient maîtres du pays ; il partagea donc entre eux la Syrie et désigna la part qui revenait à chacun, puis leur ordonna de se rendre [chacun] dans son royaume. Il leur remettait des feuilles d&rsquo;olivier et leur disait : « Exhibez-les, car elles sont des sortes d&rsquo;ordres qui vous confèrent la propriété de ce pays. » Lorsque l&rsquo;un de ces nuṣayris allait dans la région qui lui avait été attribuée, l&rsquo;émir le faisait comparaître. Le Nusayri lui disait : « L&rsquo;imâm mahdî m&rsquo;a donné ce pays. &#8211; Où est ton ordre ? » Alors le Nusayri exhibait les feuilles d&rsquo;olivier. On le battait et on l&#8217;emprisonnait. Ensuite, cet individu leur ordonna de se préparer à combattre les musulmans, en commençant par attaquer la ville de Jabala. Il leur prescrivit de prendre, en guise de sabres, des baguettes de myrte et leur promit qu&rsquo;elles se muraient en sabres lorsqu&rsquo;ils combattraient. Ils arrivèrent par surprise dans la ville de Jabala tandis que les habitants célébraient la prière du vendredi. Alors ils entrèrent dans les maisons et violèrent les femmes. Les fidèles se ruèrent hors de la mosquée, prirent leurs armes et les massacrèrent comme ils le voulurent. La nouvelle parvint à Lattaquié et l&rsquo;émir Bahâdûr Abd Allâh arriva avec ses troupes. On lâcha des pigeons-voyageurs vers Tripoli et l&rsquo;émir des émirs survint aussi avec son armée. On poursuivit les nuṣayris et on en tua environ vingt mille. Les survivants se retranchèrent dans les montagnes et envoyèrent un message au prince des émirs pour l&rsquo;informer qu&rsquo;ils s&rsquo;engageaient à verser un dinar par tête si le prince voulait bien les épargner. Mais la nouvelle de ces incidents avait été communiquée par pigeons voyageurs à al-Malik al-Nâsir [sultan mamlouk de 1285 à 1341] qui répondit de les passer par le fil de l&rsquo;épée. Le prince des émirs tâcha de faire revenir le roi sur sa décision, en lui faisant valoir que les nuṣayris étaient ouvriers laboureurs au compte des musulmans et que, donc, si on les supprimait, les musulmans en seraient affaiblis. Alors le roi ordonna de les épargner.</p>
<h5><strong>Commentaire</strong></h5>
<p>Le voyageur Ibn Battûta (1304-1377), que l&rsquo;on surnomme parfois le « Marco Polo arabe » en raison de l&rsquo;étendue exceptionnelle de son périple à travers le monde musulman médiéval et ses confins, visite la Syrie vers 1326 avant de se rendre en pèlerinage à La Mecque. A cette époque, la région est contrôlée par les Mamlouks d&rsquo;Egypte et leur sert de glacis défensif face à la menace des Ilkhanides, la dynastie mongole qui contrôle l&rsquo;Irak et le monde iranien. La révolte des paysans alaouites est donc perçue comme un danger intérieur par les gouverneurs au service des Mamlouks, qui partagent par ailleurs avec Ibn Battûta un fort sentiment anti-chiite. Ibn Battûṭa  est le seul voyageur arabe médiéval à faire mention des Nousayris, sans que l’on puisse savoir avec certitude s’il a réellement parcouru la montagne. En effet, les informations qu’il rapporte restent très générales et le seul événement précis qu’il évoque, la révolte de 1316, est par ailleurs bien documenté par les historiens arabes. Quoi qu’il en soit, Ibn Battûta décrit la région après qu&rsquo;elle eut été partiellement pacifiée par les sultans mamlouks. Ce passage contient un certain nombre d&rsquo;informations importantes. Les Nousayris apparaissent comme une population rurale, paysanne, soumise à un régime féodal. Les villes sont sunnites tandis que les campagnes sont alaouites. Mais la terre ne leur appartient pas, et s&rsquo;ils la travaillent, c&rsquo;est pour le compte de propriétaires terriens sunnites. Cet état de choses peut expliquer des révoltes sporadiques, qu&rsquo;elles soient ou non attisées par un prédicateur ou un prétendu prophète. Surtout, il atteste sans ambiguïté de la présence en nombre, majoritaire, des Nousayris dans la région au milieu du XIVe siècle, et même avant puisque l&rsquo;émir Baybars, qui régna de 1259 à 1278, y mena une campagne de pacification et y fit construire, dit-on, des mosquées. C’est donc bien entre la fin du Xe siècle et le milieu du XIIIe que s’est opéré l’essentiel du regroupement dans les montagnes côtières, dont le milieu naturel constituait une bonne protection contre la répression du pouvoir central.</p>
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