La consommation des montures selon un juriste du Xe siècle

Le débat sur la consommation des montures d’après l’épître du juriste malikite de Kairouan Ibn Abî Zayd al Qayrawânî, mort en 996 (traduction Léon Bercher, La Risāla ou épître sur les éléments du dogme et de la loi de l’islam selon le rite mâlikite, Alger, J. Carbonel, 1960, p. 298-299).

L’Envoyé a aussi réprouvé de manger la chair des bêtes de proie ayant des canines et celle des ânes domestiques, ce qui implique la viande de cheval et de mulet puisqu’Allâh Très Haut a dit de ces animaux : « Il a créé pour vous les chevaux (khayl), les mulets (bighâl) et les ânes (hamîr) pour que vous les montiez et pour l’apparat » (Coran, XVI, 8). On n’égorgera donc point rituellement les équidés à l’exception des ânes sauvages. On peut manger la chair des oiseaux de proie et de tous les animaux qui ont des serres.

Commentaire

La question de la consommation de l’âne domestique (himâr ahlî) divise les trois branches de l’islam, puisque sa consommation est simplement désapprouvée et blâmable (makrûh) pour les chiites alors qu’elle est interdite (harâm) pour les sunnites et les ibadites. En revanche, la chair de l’âne sauvage ou onagre (himâr al wahsh) est considérée comme licite. L’âne sauvage devenu domestique est quant à lui jugé licite par les chafiites et les hanbalites mais généralement interdit par les malikites. De même, l’onagre domestiqué suscite des divergences au sein du malikisme, puisque certains juristes suivent l’avis du fondateur, Mâlik b. Anas (mort en 795), qui désapprouvait sa consommation, alors que d’autres se réfèrent à l’Égyptien Ibn al Qâsim (mort en 806) pour le considérer comme licite. La consommation d’équidés s’avère également complexe à déterminer à partir des données matérielles. Régulièrement attestés sur les sites archéologiques, leurs ossements apparaissent généralement en faible proportion et il est le plus souvent impossible de différencier l’âne et le cheval.